Amraël

Amraël

Chapitre I : Je pense mais, suis-je vraiment ?

A bien des égards, Amraël se posait des questions. De son vaisseau, le Randgrith, à l’écusson « Vierges de Wotan » brodé sur sa poitrine, tout était matière à se demander pourquoi…
Mais ce qui la faisait se relever la nuit était cette simple interrogation : Quand ai-je vraiment ouvert les yeux pour la première fois ?

Arrivée à la station Somerled imminente

Ce message qui clignotait la tira de sa réflexion et la ramena à la manœuvre d’atterrissage qu’elle connaissait par coeur, quasi machinale…
Elle s’étira. Le voyage depuis Muspelheim avait était long et certains de ses circuits avaient besoin d’une bonne révision mais, peu lui importait, la rencontre qu’elle allait faire changerait sûrement sa vie.

– Bienvenue à la station Somerled, à votre service depuis l’an 2XXX. La température à bord…
Amraël n’écoutait plus, elle cherchait du regard un symbole, une sorte fourche dont les archives lui avait appris le nom « eolh » et qu’elle représentait une « rune »… Notion totalement abstraite pour une jeune Sentinelle Progen dont le but dans la vie était de fouiller les épaves des vaisseaux de ses alliés, tombés au combat, afin de recueillir leur mémoire…
La foule était dense, comme il était souvent le cas dans cette station, et la jeune femme ne savait vraiment pas sous quelle forme allait apparaître cette « rune »…

Un étalage hétéroclite de produits, confections et de races s’offrait au regard, remuant, agaçant dans son charivari incessant…

Amraël se dirigeât vers le bar, histoire de souffler un peu.
Les gigantesques baies vitrées ouvraient la station, dont les tons sombres et bleutés renforçaient l’austérité, sur les couleurs vives des émanations gazeuses des vaisseaux de passage, dessinant des figures abstraites sur la toile noire et veloutée du cosmos…
Quelqu’un d’autre semblait profiter de ce spectacle. Assise dans un coin, une petite femme replète était occupée à installer correctement des cartes magnétiques transparentes sur un étalage, examinant chacune d’elle aux rayons colorés laissés par les réacteurs, qui traversaient le plexiglass et projetaient des formes merveilleuses sur les murs.
La jeune Progen était en train de penser que les Terriens devaient sûrement être spéciaux pour que leurs descendants, les Terrans, continuent à s’émerveiller devant de telles futilités, quand la petite femme se retourna vers le mur pour inscrire le prix de ses « trésors » sur un tableau magnétique.
Les yeux d’Amraël s’arrêtèrent alors sur le dos de la vieille Terran. Sur sa combinaison était brodé un énorme symbole rouge vif représentant « eolh ».

– On dit que le rouge était la couleur favorite des filles d’Odin, dit la jeune cyborg en s’approchant d’elle et en secouant sa chevelure rouge vif.
– Oui, le sang des hommes révélait beaucoup de chose sur leur valeur, répondit la petite femme d’un air complice, et les Valkyries adoraient le lire…
D’un air entendu, elles s’éloignèrent de la foule…
A l’abri des regards trop curieux, la vieille femme, flanquée d’un grand sac en toile prêt à craquer, regarda Amraël dans les yeux.
– Voici donc Amraël, la jeune Progen élue… Celle qui est plus humaine qu’une Terran et à qui l’on reproche de se poser beaucoup trop de questions sur ses origines…
– Je suis bien Amr… l’élue ? Quelle élue ? Vous avez l’air d’en savoir long sur moi alors que je ne connais même pas votre nom…
– Bien… tu peux m’appeler … Madame i. ça te va ?
– Oui, peu importe, répondit elle d’un air anxieux et agacé
– Quant à ce que je sais… et bien disons que ma vie et ton destin sont étroitement liés jeune Vierge de Wotan…

– Mmm… je ne vois pas comment mon destin pourrait être lié à une Terran qui… ne vous vexez pas mais …
– N’en a plus pour longtemps ? répondit-elle en souriant. Tu te sens sans doute tout aussi vulnérable que moi, je ne pense pas me tromper en disant que tu ne crois pas trop au « Call Forward », ou « Rappel », comme nous le nommons…
La surprise passée, Amrael commençait vraiment à perdre patience, trop de questions lui venaient en tête et aucune réponse n’arrivait.
– Le Call Forward, c’est la raison même pour laquelle j’existe, je suis Sentinelle, mon boulot c’est d’aller de champs de batailles en cimetières, d’ouvrir les crânes des guerriers Progens morts et de récupérer leur mémoire pour qu’elles…
– …soient analysées pour trouver qui est l’envahisseur et replacées dans un nouveau corps, ce qui fait des Progens des guerriers quasi immortels, à moins que les Manes ne viennent dévorer leurs souvenirs avant que tu ne récupère les données… termina calmement la vieille femme.
– Bon, c’est parfait, je vois que vous connaissez mon boulot…
– Bien sûr, ta tirade est parfaite mais, tu y crois tellement peu que c’est flagrant…
– Ok, je crois que je ne suis pas venue pour qu’on se paie ma tête, dit la cyborg en se retournant, prête à partir, j’ai autre chose à faire que d’écouter des histoires que vous connaissez apparemment mais que je connais aussi, aucun intérêt…
Madame i soupira…
– Evidemment, j’aurais du me douter qu’il en serait ainsi, après tout, Psylvien était très impatiente elle aussi…
En un instant Amrael s’effondra et se retrouva assise par terre, sans trop savoir pourquoi, sous les rires gras de quelques Terrans avinés et les yeux surpris de Jenquais en prière…

Tout était arrivé en un éclair, des voix, des visages, des paysages montagneux, le froid, de très forts sentiments, le rouge, puis le retour brutal à la station spatiale…

– Qu’est-ce que vous m’avez fait ?!!!!
– Rien, je n’ai pas bougé… je me parlais et tu t’es effondrée…
– Ce genre de chose ne m’est arrivé qu’une fois, je n’arrivais pas à traiter toutes les informations qui m’arrivaient en même temps…
– Oh, tu as donc vu des choses, ironisa la petite Terran.
– Des flashs, dit-elle en se relevant et en s’approchant de nouveau, des visages, des lieux que je ne connais pas mais pourtant qui me semblaient familiers et… mais non… c’est impossible… aaaaaaaaah, hurla-t-elle en se prenant la tête entre les mains, mais comment pourrais-je me souvenir de choses qui semblent venir d’un temps ancien et… et… et…
Madame i posa sa main sur le front d’Amrael, elle avait l’air triste que la jeune femme souffre mais en même temps semblait heureuse et confiante…
– Tiens, prends ceci, lui dit-elle en lui tendant son sac en toile, nous nous reverrons bientôt, ne perds pas courage tu es sur la bonne voie…
– Je ne comprends plus rien… pourquoi ais-je tant de sentiments, je suis une Progen, je ne devrais pas me poser tant de questions et simplement exécuter les ordres, répondit elle en prenant le sac machinalement sans y prêter attention, il me semble que je pense mais que tout a été programmé et je ne sais pas ce qui vient de moi et ce qui ne l’est pas, et surtout je ne sais pas quand je suis née et quand j’ai vraiment ouvert les yeux pour la première fois…
– Tes yeux, tu viens de les ouvrir il y a un instant et comme tout nouveau né, tout est encore flou… Tu trouveras sans doute quelques renseignements dans ce sac et nous en reparlerons, mais pas ici…
– Dans ce sac ? Mais que dois-je y chercher ? dit-elle en inspectant le vieil objet rapiécé et qui devait être bien lourd pour la petite femme… mais elle n’eut aucune réponse.
Elle releva la tête et ne vit plus personne.
Elle fouilla les alentours du regard mais pas de trace de la vieille femme…
La cyborg demanda alors au barman où elle avait bien pu passer et s’il l’avait vu partir, mais l’homme, très nerveux lui assura qu’il n’avait vu personne et lui demanda, non sans appréhension, si elle voulait bien quitter son bar, car son monologue dérangeait certains clients et il ne voulait pas d’histoire avec un Progen qui semblait avoir besoin de réglages vu qu’il parlait seul…
Amrael le fusilla du regard, il disparu derrière son comptoir prétextant devoir aller en réserve.
Elle se mit à chercher près des baies vitrées ou la Terran aux cheveux blancs avait mis son étalage de cartes magnétiques, sans succès…
Elle allait repartir vers son vaisseau quand elle vit une carte transparente par terre.
Elle la ramassa discrètement et se dirigea vers les docks.
En chemin, elle jetta un œil sur la carte. La marque du fabricant avait été déchirée, et elle ne pu lire que :
Les Paysages d’I….
Les Hologrammes les…
Depuis 2XXX

Cela ne l’avançait pas à grand-chose…

Arrivée dans le cockpit du Randgrith, elle posa soigneusement le sac en toile, hésita, puis inséra la carte magnétique dans le lecteur holographique…
Deux projecteurs miniature apparurent à sa droite et deux autres à sa gauche, s’en suivi plusieurs rayons lumineux pour qu’enfin une image apparaisse…
Il s’agissait d’une peinture ancienne représentant un paysage de montagne, avec de grands sapins verdoyants protégeant un petit village. Une maison se dégageait au premier plan. Elle était constituée d’un grand bâtiment sans fioritures, mis à part un bouclier décoré en rouge et blanc avec une silhouette de femme encapuchonnée peinte dessus. Construit conjointement à ce premier bâtiment, un plus petit semblait proposer des choses à vendre, ou peut-être était-ce une taverne, ou les deux…
Amrael secoua alors la tête… comment pouvait-elle savoir tant de chose sur un tableau qui représentait apparemment une époque très ancienne… soudain, elle sentit une immense chaleur monter en elle

– Hugginfel ! s’écria-t-elle sans trop comprendre…

A ce moment, elle fut secouée par des sanglots mais aucune larme ne pu couler de ses yeux car son corps n’était pas programmé pour cela…

Chapitre II : Lecture

Tout était blanc…
Une blancheur éclatante, aveuglante, empêchant la pensée…
Un flash, des rires et puis… le vide…

Amrael revint à elle. Etalée à côté son siège de pilote, tremblante…
Comment la simple vision d’une ancienne peinture avait autant pu l’affecter, elle ne le savait pas mais une chose lui devenait de plus en plus évidente : il était impossible qu’elle ne fut qu’une simple cyborg, elle éprouvait trop de sentiments…

Elle se releva péniblement et constata avec dépit qu’elle avait brisé beaucoup de matériel…
« Déréglée… » ce mot lui vint à l’esprit, mais elle le chassa bien vite, le refusant.
De retour dans son siège, elle ouvrit le sac en toile avec avidité…
Elle sorti des objets rectangulaires qu’elle ne connaissait pas et dont elle ne voyait pas trop l’utilité…
« Ce sont des livres » lui souffla son cerveau…
Effectivement, elle avait vu une représentation digitale de ce qu’étaient les sources d’information avant les cartes magnétiques.
Mythologies Nordiques, Le Ragnarok , l’Edda, La Saga de Njall, Les Valkyries , Yggdrasil , etc.
Une vingtaine d’ouvrages s’offraient à ses yeux, tous plus énormes les uns que les autres, et elle comprenait pourquoi la petite femme avait tant de mal à porter son sac.
Au fond de celui-ci, Amrael trouva 5 cartes magnétiques aux noms plutôt étranges pour des programmes ainsi qu’un petit mot griffonné sur un morceau de papier jauni :
« Si tu veux connaître la vérité et tout ce qui s’est passé, prépare toi à subir un grand choc et utilise les programmes dans cet ordre :
– Lecture, puis, tu pourras comprendre les ouvrages que je t’ai donné, ce sont des « livres ».
– Témoin
– Origine
– Famille
– Destin
Je pense que tu auras des questions à me poser, j’y répondrai…
Ne me cherche pas, consulte ces documents et tu sauras.
Madame I. »

Impatiente, la jeune cyborg l’était sans l’ombre d’un doute mais, elle n’était pas folle. Avant de s’implanter quelque programme que se soit, elle mis les cartes magnétiques dans l’analyseur de son vaisseau, en demandant une recherche poussée sur les virus éventuels, la possibilité qu’auraient ces programmes d’altérer sa personnalité etc.
Elle programma en tout une vingtaine de tests visant à voir si l’on ne cherchait pas simplement à se moquer d’elle ou à effacer ce qu’elle considérait comme ses souvenirs et sa personnalité et surtout si on ne voulait pas simplement se servir d’elle.
Cela n’était toutefois pas sans risque non plus, la meilleure des machines peut toujours avoir quelques déficiences… mais elle aviserait, si les cartes étaient jugées « pures » à 100%, elle franchirait le pas… sans trop savoir à quoi s’attendre.

Ces analyses allaient durer un moment, et Amrael se remit à regarder la représentation du tableau qui l’avait tant troublée, Hugginfel comme elle l’avait nommé.
Et elle se souvint comment tout cela avait commencé…
Son temps passé à rechercher les mémoires dans les corps inactifs de ses compatriotes.
Ses premières interrogations et son effroi le jour où elle avait compris que son corps avait été fabriqué de toutes pièces.
La première nuit où elle ferma les yeux, le temps de sa recharge, et où elle se demanda exactement depuis combien de temps elle existait, quand avait elle ouvert les yeux pour la première fois…
Puis sa promotion au sein de son équipe où elle eu le choix de créer sa propre unité. Elle ne prit sous son aile que des Versatiles à l’aspect féminin et quand on lui demanda le nom voulu pour son unité, sa tête voulu dire « les Moissonneuses » mais sa bouche dit « Vierges de Wotan »…
Elle se souvint de la tête du jeune Terran qui enregistrait ces informations derrière sa console, de son air surpris face à ces choix, de l’envie qu’il eu de lui demander pourquoi et qui se lisait dans ses yeux, et finalement de sa subordination totale au système en place qui le fit se contenter d’entrer les informations dans l’ordinateur.
Pourquoi avoir choisi ces cyborgs plus que d’autres, pourquoi avoir choisi ce nom, elle n’en savait rien… Avant que quelques soupçons ne se porte sur un éventuel mal fonctionnement de sa part, elle choisi seule de se faire faire une révision dont le résultat ne montra rien d’étrange.
Face à ses inquiétudes, un spécialiste lui dit de ne pas s’en faire, qu’elle était programmée pour développer une logique et des façons de réagir, mais qu’en aucun cas cela n’étaient des sentiments.
Elle ne pu s’empêcher de lui parler d’un rêve qui revenait régulièrement, un rêve d’une rencontre dans une station spatiale.
L’ingénieur lui assura avec un sourire qu’elle ne pouvait absolument pas rêver et qu’il s’agissait plutôt d’une de ses mémoires visuelles qui était capricieuse et qui lui repassait une scène vécue par moment, et que si elle le désirait, on pourrait changer ce bloc mémoire sans problème.
Amrael feint un air rassuré et refusa que l’on touche à sa mémoire.
Elle était persuadée ne pas avoir fait cette rencontre.
De plus, une simple mémoire défectueuse ne lui répèterait pas sans cesse qu’elle était beaucoup plus que ce qu’elle ne croyait et qu’elle devait chercher la vérité en lui montrant ces fameuses images de rencontre.
Elle endura ce « rêve » pendant plus de 6 mois, elle le connaissait par cœur, ce qui lui semblait être des émotions se développaient tellement qu’elle en était affolée.
Tout cela se fit ressentir sur son travail.
Elle était moins concentrée et on lui conseilla de prendre rendez-vous pour une révision.
Elle prit ce « jour de congé », mais au lieu d’aller voir un ingénieur, elle laissa son « rêve » la diriger vers Muspelheim dans le système solaire Aragoth où elle rencontra avec effroi la personne de son rêve qui lui assura de chercher un symbole, dont il lui donna la description, à la station spatiale Somerled ainsi qu’une phrase et sa réponse qu’elle devrait dire en se tenant face à ce symbole…
Elle aurait voulu lui poser mille questions, très déconcertée par le fait que son rêve se soit réalisé, mais elle parti directement vers Somerled, système solaire Tau Ceti, car cela se passait ainsi dans son rêve…
Le voyage fut long, elle s’était posé des tas de questions et elle en était là…

Une sonnerie retentit, Amrael échappa à sa rêverie et se dirigea vers l’analyseur…
200% pures clignotait sur l’écran…
La jeune femme se dit qu’il s’agissait sans doute d’une des facéties de cette Madame I, et questionna son ordinateur.
Il lui donna comme réponse qu’elle pouvait utiliser ces cartes sans aucun soucis, qu’elles étaient d’une qualité supérieure, encore jamais vue…
Amrael considéra cette réponse comme satisfaisante, attrapa la carte nommée « Lecture » et se l’inséra…
Des milliers de caractères défilèrent devant ses yeux…
Toute l’opération ne dura que quelques secondes, mais elle se sentait soudain emplie d’une grande connaissance…
Elle s’installa et pris le premier livre qu’elle lut en moins de 5 minutes, le temps de tourner les pages…
Elle comprit donc que le programme lui permettait d’assimiler très rapidement tout un « livre ».
Les autres ouvrages suivirent et en peu de temps elle avait tout avalé…
Les questions et des réponses à certaines de ses interrogations commençaient à se lier.
Certaines choses devenaient plus claires.
Elle savait désormais ce qu’était une Rune.

Chapitre III : Témoin

Connaissant maintenant un peu le «contexte historique » dans lequel le tableau avait été peint, Amrael ne voyait toujours pas de rapport avec son existence…
Elle leva ses 2 mètres de mécanique parfaite et fit le tour du Randgrith.
Allait-elle s’implanter les autres programmes ?
Cela était bien tentant mais, supporterait-elle ce qu’elle allait voir ? Etait-ce vraiment utile ? Tout cela n’était il pas qu’une gigantesque mascarade ?
Trop de questions, trop de questions…
Avant même de s’en rendre compte, la jeune cyborg était assise, avait pris la carte « Témoin » dans sa main droite et se l’implantait…

Le noir… une chute, lente… des lueurs bleutées… un son… un crissement, le frottement du vent à grande vitesse sur une toile…et enfin le blanc… elle l’attendait… sortir du noir… tout est mieux quand la blancheur domine…encore… encore… encore !!!

Ouvrir les yeux…
Tout était blanc…
Une blancheur éclatante, aveuglante, empêchant la pensée…
Un flash, des rires et puis… le vide…

Amrael secoua la tête… elle n’était plus dans le Randgrith…des conifères gigantesques se dressaient autour d’elle, leurs racines noyées dans un tapis de neige molle et eblouissante…
Elle se leva, fit quelque pas et ria comme une enfant des traces de pas qu’elle laissait derrière elle… Elle se sentait bien… chez elle… vivante…
Comment était elle arrivée là, elle n’en savait rien, mais peu lui importait, elle savait que Midgard s’offrait à ses yeux et c’était bien là tout ce qui comptait…
Elle ne fut même pas surprise de constater qu’elle connaissait le nom de cet endroit, cela lui semblait naturel…
Elle vit de la fumée non loin d’elle, un campement apparemment.
Elle s’y dirigea mais de façon très discrète, simplement pour essayer de voir si le lieu était habité, se déplaçant en se cachant derrière les arbres massifs…
Une jeune femme, d’environs 16 ans emmitouflée dans une grande cape blanche et bleue était en train de ramasser du bois. Elle portait une armure en mailles et avait une grande épée dans le dos, sur sa cape, un oiseau était dessiné.
Amrael était en train de la détailler quand elle entendit une voix grave derrière elle :
-Cette fois tu ne m’échappera pas ! s’écria un jeune homme barbu, aux allures de sauvage, avant de se mettre à courir.
Amrael fit un bond en arrière en le voyant se jeter sur elle et se prépara à tout éventualité de combat, bien que ses connaissances furent maigres en la matière.
Le jeune homme avait des yeux plein de folie, il ne reculerait pas et Amrael était sur le point de l’attaquer frontalement quand il passa tout simplement à travers elle, se jeta sur la jeune femme qui portait de lourdes branches, l’enlaça et l’embrassa tendrement…
Tout se passa très vite et Amrael, un peu déçue, retrouva ses esprits et comprit…
Elle n’était pas vraiment là, tout ceci faisait partie du programme « Témoin », elle pouvait donc voir ces gens, mais eux non… Elle n’était que spectatrice…Déception intense…

– Phorgen Eolh, tu es un abruti ! lança la jeune femme en lâchant une grosse branche sur le pied du malotru, avant de s’enfuir l’air vexé.
– Tu vas faire la tête ma petite oursonne ? ria-t-il en la poursuivant.
– Et je t’ai déjà dit de contrôler tes ardeurs je ne suis pas…
Mais il était trop tard, le jeune homme l’avait rattrapé et l’embrassait de nouveau. Elle lui céda finalement et gloussa :
– Tu es impossible !!!
– Non, amoureux, c’est pas pareil !
– Eh oh, vous n’avez pas autre chose à faire ? Vous êtes pires que des animaux ! grogna une jeune femme qui, à en juger par sa taille, devait être une naine, telle qu’elles étaient décrites dans les livres lus par Amrael.
-Tu veux que je t’embrasse aussi ? se moqua Phorgen, Ooooh ma douce Tertta, rien qu’un petit baiser, un tout petit baiser !!!
La jeune femme qui portait les branchages éclata de rire.
– Tiens voir un peu ton chien fou en laisse Orsalne, il devient insultant en plus de manquer sérieusement d’humour ! Cria Tertta.
– Ohh, ne te fâche pas, c’était juste pour rire voyons, dit Orsalne en essayant de calmer la naine.
– Eh bien c’est loin d’être drôle ! Je suis pressée en plus, mon professeur m’attend, alors amenez le bois que l’on prépare le feu au plus vite avant que la nuit ne tombe !
– Quelle grincheuse… grogna Phorgen en ramassant les branches qu’Orsalne avait fait tomber.

Amrael remarqua, en les voyant tous les trois de dos, qu’ils portaient tous cette cape blanche et bleue avec un oiseau dessiné, un « corbeau » lui souffla son cerveau…

-Tu vas encore voir cette mendiante sale et vicieuse qui se fait passer pour une grande Vitki ?
– C’EST UNE VITKI !!! LA SEULE DONT TOUTES LES PREDICTIONS SE SOIENT REALISES ET UN FABULEUX PROFESSEUR, ELLE EST DIGNE DES NORNES!!! hurla Tertta
– Oooh mais ce n’est pas la peine de t’énerver ainsi, dit Orsalne en élevant le ton, tu n’es pas sans ignorer qu’elle a très mauvaise réputation et qu’elle prédit ce qu’on souhaite entendre pour un peu que la bourse que tu lui laisse soit suffisamment garnie d’or…
– On se demande d’ailleurs ce qu’elle en fait de cet or, elle ne porte que des guenilles…et puis la comparer à une des nornes est un peu prétentieux, railla Phorgen
– La grandeur d’une âme et ses pouvoirs ne se mesurent pas à son aspect extérieur ni aux racontars des gens à son sujet ! répliqua Tertta
– Oh, excusez-moi votre grandeur, je ne dirai plus jamais de mal de votre maîtresse vénérée, la sainte martyr … euh… Norne d’Or ?! Ah oui, c’est pas mal ça Norne d’Or, dit Phorgen en hurlant de rire sous l’œil réprobateur d’Orsalne.
– Tu n’es qu’un crétin, conclua Tertta avant de retourner sous sa tente.

Orsalne semblait bouder un peu alors qu’elle disposait le bois avant de l’enflammer.
Phorgen la rejoint.
– J’ai dit quelque chose de mal ?
– Non, Phorgen, mais ton attitude parfois laisse vraiment à désirer, on dirait que ça te fais plaisir de peiner les gens.
– Bah, il ne faut pas le prendre comme ça, ce n’était pas méchant. Mais bon, en même temps, il est vrai que je ne supporte pas cette espèce de sorcière, elle me donne des frissons et les bruits les plus fous courent à son sujet. On prétend même qu’elle aurait enlevé des enfants pour faire des expériences sur eux. Alors voir Tertta se rapprocher d’elle et risquer de compromettre l’intégrité de notre guilde, oui, là je peux devenir méchant. Si un jour on montre les membres de Valkjosandi du doigt pour crimes contre les leurs, nous serons bien avancés…
– Tu dramatise un peu non ?
– Non, je ne pense pas, le conseil aime bien notre guilde de par ses actions , et cela fait quelques centaine d’années qu’elle existe, tu sais bien que nombre de guildes prétendues amies nous jalousent de par la place importante que nous occupons.

Une flamme minuscule jaillit des morceaux de bois que Phorgen frottait, et il souffla dessus pour l’attiser. Tertta sorti de sa tente, alla rendre compte à un officier et parti, lançant à Phorgen un regard plein de haine.
Amrael s’était installée à côté d’eux, se disant qu’après tout, elle ne risquait pas de les déranger, même si la situation était plutôt étrange, elle devait bien se l’avouer…
Elle se sentait proche de ses personnes, comme si elle les connaissait depuis toujours mais elle ne comprenait pas vraiment ce qu’elle faisait là…
Tout à coup, elle sentit un vent glacé et tout devint noir, encore une fois…

Et quand la lumière revint, elle se trouvait au même endroit. Un bug dans le programme pensa t elle… Mais elle se rendit vite compte que le soleil était en train de se lever, le temps venait simplement de passer…
Elle regarda autour d’elle et vit Tertta en train de rendre compte au chef de la garde, apparemment, une altercation se produisait et Amrael se rapprocha…

– Nooon, ne lui faites pas de mal, elle veut simplement parler au Doyen !!! Elle a des choses très importantes à lui dire !!! Plaidait Tertta.

Amrael remarqua alors une forme sombre qui paraissait terrorisée derrière la naine, il devait s’agir de cette fameuse « Norne d’Or » dont parlait Phorgen.

– En aucun cas elle ne mettra les pieds ici, c’est une tueuse d’enfants qui n’a rien à faire dans…

– Il suffit ! Qu’on l’amène à ma tente, dit un homme qui paraissait avoir au moins mille ans, soutenu par deux gardes

Un peu déconcerté, le chef de la garde fit signe de laisser passer la Vitki. Tertta semblait radieuse… Amrael suivit la troupe et détailla la Vitki… On ne pouvait pas dire grand-chose d’elle si ce n’est qu’elle semblait très sale, on ne voyait que peu son visage sous son capuchon sombre, mais elle avait l’air très âgée elle aussi…
Sous la tente, Amrael eut la surprise de retrouver Orsalne et Phorgen qui devaient, sans doute, discuter avec le Doyen au moment de l’incident.
La vieille femme chuchota quelque chose au creux de l’oreille de Tertta qui dit à l’assemblée de s’asseoir en cercle.
Phorgen semblait furieux mais le Doyen le regarda et il s’exécuta.

Le Doyen, demanda alors quel était le but de cette visite. Il précisa à la Vitki qu’elle n’était pas la bienvenue en ce lieu, qu’il respectait les anciens pour l’éventuelle sagesse et savoir qu’ils pouvaient apporter mais, qu’une fois ses révélations faites, elle devrait partir immédiatement car elle créait beaucoup de tensions au sein de la guilde…
Tertta grimaça, elle allait ouvrir la bouche pour dire quelque chose mais la Vitki lui fit signe de se taire.
La Vitki prit la main de Tertta et une sorte de chant sifflant sortit de ses lèvres, elle était en transe. Tertta incantait elle aussi, et semblait très concentrée

– Mais qu’est-ce que c’est que cette mise en scène absurde, lança Phorgen, doit on vraiment subir ça c’est d’un ridi…

– Ecoute ma voix et ma parole jeune impudent ! Répondit alors une voix grave et forte.
Phorgen tourna la tête pour constater que c’était Tertta qui venait de parler, elle avait les yeux révulsés et semblait comme… possédée.
Orsalne eut un mouvement de recul, les gardes étaient prêts à intervenir mais le doyen semblait calme et non surpris.

– Dans cette guilde se réfugiera l’envahisseur endormi, son cœur sera double, il causera de grandes joies ou de lourdes pertes mais ne sera pas maître de son destin. C’est en votre guilde qu’il naîtra, se nourrira, grandira et c’est lui qui la décimera. C’est pourquoi il faut agir. Il n’y a qu’une solution : TUEZ SA MERE AVANT QU’ELLE N’ENFANTE !!! TUEZ TOUTES LES FEMMES ENCEINTES DE VOTRE GUILDE OU MIDGARD COURRE A SA PERTE !!!!!!!!
Tertta était devenue hystérique et lâcha la main de la Vitki. Cette dernière semblait flotter dans les airs, tendit ses mains en avant, se jeta sur une jeune femme qui servait le Doyen et sembla vouloir attraper son cou pour l’étrangler. La riposte fut immédiate. Orsalne, qui se trouvait derrière la jeune femme fit un pas de coté, sorti sa claymore et d’un geste rapide décapita la Vitki, qui s’effondra sur le sol. Tertta sortit un instant de sa transe et s’évanouit.

Un jeune garde se rua sur la jeune servante du Doyen pour voir si tout allait bien :
– Meavan ! Meavan ! Tout va bien ?
– Oui, tout va bien… mais si Orsalne n’avait pas été là, je pense que…
La jeune femme toucha son ventre, inquiète, et Amrael constata qu’elle était enceinte.
Phorgen était furieux

-Voilà, voila tout ce que nous avons gagné. Je ne comprends pas pourquoi on a laissé entrer cette folle ici !
– Parce qu’il devait en être ainsi, assura le Doyen, Odin l’avait sans doute décidé…
Phorgen grimaça et sortit de la tente bientôt suivi par Orsalne.
Tertta se réveilla, ne se souvenant de rien elle ne pu voir que le corps de la Vitki gisant sur le sol… Elle se mit à hurler, en demandant qui avait pu commettre un acte aussi démesuré sur une femme qui ne leur voulait que du bien. Phorgen entra dans la tente et hurla :

– C’est moi ! Moi qui ai tué ce monstre démoniaque ! Elle en voulait à la vie des futurs enfants de la guilde ! Ce qu’on disait d’elle était bien vrai, ce n’est qu’une meurtrière d’enfants !!!!
Personne ne démenti les faits…
Tertta était un peu hébétée, mais cela ne l’empêcha pas de jeter un regard meurtrier à Phorgen, occupé à donner des ordres pour constituer un bûcher au plus vite et débarrasser le camp de la « pourriture » du cadavre de la soit disant Vitki…
De nouveau, un vent glacé se mit à souffler et Amrael se senti partir…

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