II.2 Sangs mêlés

Chapitre 2

Sangs mêlés

Dévouées à Odin, dont le nom est aussi Wotan, les Vierges sont l’image de la Walkyrie.

« Une Walkyrie est une femme restée vierge sur
Midgard et à laquelle Odin a reconnu de si
grandes bravoures au combat qu’il l’intègre
dans une sorte de garde rapprochée dont le
but est de préparer Ragnarok, lui laissant
ainsi officielement la possibilité de se
dépraver aupres des Einjerhars
qu’elle juge digne de ramener en Valhalla… « 

Telle est la définition qu’en donne Brynhild.
En ces temps, l’histoire et la mythologie n’étaient pas regroupés en une seule vision des choses, et bien souvent certaines obédiences enseignaient leur interprétation des Légendes.
Islidnna avait choisi de confier sa carrière à Odin et portait sa dévotion envers ce père de toutes connaissances.

 » Odin, dieu de Toutes les Connaissances, père de Toutes les Choses. Odin est un dieu sage et juste. Les prêtres d’Odin sont sages et avisés. Ils sont respectés par tous les clans, autant pour leur connaissance des runes magiques que pour leurs sages conseils. Prêtres Vikings et Nains sont établis depuis longtemps dans des temples anciens, entretenus et où l’on organise régulièrement des célébrations en l’honneur d’Odin et des autres Aesirs. »
En épousant cette carrière, elle a pu se rapprocher encore plus d’Odin, le dieu des Runes sacrées.

La Tradition indique que c’est Odinn qui révèla les Runes aux hommes :
« Odinn voulait connaître les runes et les révéler.
Les runes, ces signes mystérieux, écriture secrète et magique, symboles d’une connaissance interdite, auxquelles les dieux n’avaient pas accès.
Neuf jours et neuf nuits, il médita dans l’ombre protectrice d’Ygdrasil. Puis il demanda aux autres dieux de réaliser son désir. C’était un véritable sacrilège que de réclamer ce pouvoir interdit aux dieux, aussi refusèrent-ils.
Alors Odinn demanda l’arbitrage des Nornes. Les gardiennes des portes sombres, après réflexion, lui furent favorables ; mais elles lui imposèrent de terribles conditions. Odinn accepta le sacrifice, en toute connaissance de cause.
Il se pencha sur la fontaine de Mimir. Comme il ne voyait rien, il sacrifia son oeil droit, qui tomba dans la source sacrée.
Alors il vit.
Il vit les temps infinis, la profondeur de la mémoire, le passé et le futur des hommes.
Puis, il se perça le flanc de sa lance et les dieux le pendirent, la tête en bas, par un pied, sur l’if sacré dont il était né. Tous les bourgeons de l’arbre se mirent à saigner. Pendant neuf terribles nuits de souffrance, le dieu borgne resta suspendu à Ygdrasil.
Neuf nuits, comme il faut neuf mois pour faire un homme.
Ses seuls compagnons étaient ses corbeaux, Hugin et Munin, et ses deux loups, Freki et Geri. Ils accompagnaient de leur chant de désespoir son horrible supplice.
Odinn lutta pour surpasser sa douleur, s’appliquant à percer le secret des runes.
Il finit par les découvrir et les retint dans une indicible souffrance, à la fin de la neuvième nuit.
Alors que les ténèbres cédaient la place au soleil, le dieu fut illuminé par la lumière des runes enfin révélées. En découvrant les runes, Odinn devint « le prince du pouvoir gravé ».
Odinn enseigna qu’il faut utiliser les runes dans toutes les circonstances de la vie, car elles sont un guide, une aide ; elles sont l’espoir des désespérés, les fidèles compagnes du coeur brisé par la solitude. « 

Neraia, skald, aimait à entendre cette ode sur les Valkyries guerrières, servantes d’Odin, qui choississent les guerriers qui vont mourrir au combat.

Le sang tombe
De la toile nuageuse
Du vaste tissu
Du massacre.
Le tissu de l’homme,
Gris comme une armure,
est en train d’être tissé
Les Valkyries
Le croiseront
D’un fil sanglant.
La trame
Est faite d’entrailles humaines;
Des têtes coupées
Tendent ses fils;

Les supports
Sont des lances ensanglantées;
Les barres sont couvertes de fer,
Et des flèches en sont les navettes.
Avec des épées nous tisserons
La toile de la bataille.

Regarder autour de soi
Devient horrible maintenant,
Un nuage rouge comme le sang
Obscurcit l’horizon.
Les cieux sont teintés
Du sang des hommes,
Et les Valkyries
Chantent leur chant.

Brennu-Njáls saga (saga de Njal).

Chacune d’entre elle avait sa vision de leur vocation, et elles en parlèrent franchement durant de longues heures.
Mélange de tradition, d’enseignements, de légendes et parfois même d’héritage de sang, malgré leurs différences elle savaient partager le même chemin, comme une évidence. Le travail sur une charte de guilde était nécessaire, et elles s’y atelèrent, mettant en commun leurs convictions.

Mais ni la terre de Midgard , ni Odin ne sont qu’amour et tendresses. Aux portes du royaume, les combattantes sont souvent appelées par des alliés. D’une part, les zones frontalières sont le terrains d’affrontements sournois et sanglants entre les groupes se rencontrant, défendant leur territoire d’éventuelles invasions. D’autre part, les reliques magiques conférant à tout le royaume une puissance physique et magique supplémentaire, gardées dans des forts, sont les cibles d’attaques continuelles. Bien des morts passent par un autre monde avant de pouvoir revenir sur Midgard. Certains sont tout de suite réanimés par des guérisseurs ou des shamans. D’autres errent un long moment, fantômes au desus de leurs dépouilles, attendant l’instant où leur corps pourra être rappelée à leur dernière Pierre des Ames. Cet ‘autre monde’ dans lequel ils ne font alors qu’un passage est le Valholl.

« Le paradis, cet espace céleste des guerriers germaniques et scandinaves. Il existe, nous le rappelons, deux sortes de « morts », ceux qui ont trépassé de façon « banale », destinés aux Vanes et ceux qui sont tombés, les armes à la main, sur le champ de bataille, choisis (leur destin) par les Nornes.
Ce sont les Walkyries qui ont la charge de cueillir sur le champs de bataille les héros morts, ceux destiné à l’Asgardr. Les Walkyries, divinités rédemptrices, amazones vierge, choisissent les héros morts au combat et les escortent dans le Walhalla. Le héros arrive glorieux, à cheval et en armes, au Walhalla, précédé d’un chien. Le défunt est accueilli par ses pères qui lui tendent une corne d’hydromel à boire ; puis il reçoit la couronne d’un vainqueur. « 

Sûrement, les Vierges ont aussi été confrontées à cette omni-présence de la mort, objet de leurs vocations comme de leurs malheurs, par ce rapprochement aux femmes que sont les Valkyries.

Partout, d’autres guildes et vocations voient le jour, constituant des fronts et des alliances. L’organisation matérielle et structurelle de la guilde se devait d’être fixée pour participer à la vie midgardienne.
Gronk Talin le premier intervient pour leur parler d’un regroupement de Maitres de guilde, l’athling.
– « Je vous propose, si vous désirez en faire partie, de vous adresser a Wolik, representant pour les chiens de guerre du grand conseil.  » lança-t-il en passant le pas de la porte, réajustant son haubert.
Bien que flattées, les Vierges ont encore des points à régler avant de s’engager.

La cérémonie d’introduction fût instaurée, à l’issue d’une période probatoire aboutissant à l’intronisation. La recrue devait tout d’abord trouver au sein des Vierges une marraine. Les membres de la guilde tinrent longtemps le secret sur les modalités de ces rituels. Il s’agissait, au long de rencontres avec chacunes d’elles, de mener la novice à trouver un objet: une statuette de Walkyrie. Puis cette statuette était enchantée pour elle lors de la cérémonie finale, moment où elle prêtait son serment d’allégeance. C’était un objet très important que la Vierge se devait de protéger. On a pu voir précédemment qu’après qu’elle fût cassée, Aeli avait perdu ses pouvoirs divins: c’était probablement un ‘lien’ qu’Islidnna par un enchantement scellait dans la pierre taillée. D’ailleurs la jeune femme, persévérante, pouvait désormais officier seule et s’intéressait de plus près aux Runes divinatoires. Grâce à Psylvien qui ouvrit sa première échoppe à Jordheim, elle obtint un coin de l’arrière boutique pour entreposer ses composants et commercer un peu.
Les temps alors étaient à la recherche de fonds pour pourvoir aux nombreux besoins de la guilde. De nouvelles recrues arrivant il s’agissait de les accueillir au mieux.
Slayanya travaillait d’arrache-pied pour s’améliorer en armurerie, passant ses nuits au marché de la ville. Les guerrières toujours vaillantes au combat détroussaient voleurs et monstres bien lotis pour ramener de l’or et des denrées.

Certaines guildes deviennent extrèmement puissantes, clés des défenses aux frontières comme des assauts de reliques. Il devient pour tous évident que l’union fera la force, mettant en commun le matériel de guerre, armes parfois très lourdes et coûteuses, et les talents par le biais des meilleurs artisants. Les places de marché, situées non loin des forges et instruments à travailler, devinrent rapidement le point de rencontre et de d’échanges marchands. Le système d’alliance fût institué, afin que les guildes puissent s’organiser et se regrouper. Le royaume était alors en ébulition, chacun sachant que la guerre grondant aux portes n’attendrait que le meilleur pour entammer les premiers coups de semonce.

Extrait.
« Isli sourit.
Chaque jour un peu plus, l’amour de son tentre promi la rendait plus forte et plus courageuse.
Elle savait le prix de son engagement au sein des Vierges de Wotan et était certaine que cet amour en aucune façon ne viendrait amoindrir sa foi en leur destinée, mais au contraire la renforcait.
Cependant, un voile sombre vint ternir son regard.
 » Il est temps que je leur dise » souffla-t-elle.
« Aucune d’entre elles n’ignore notre désir de nous unir, et je pense être sûre que toutes soutiendront notre projet, mais ces Révélations, comme chaque instant qu’Odin met sur notre chemin, modifient le cours des choses. »
La petite artisane range son ouvrage, se lève et va s’asseoir dans la chambre derrière son atelier. Elle sort de son sac son livre de sorts, en extrait une grande feuille végétale séchée de couleur claire, une plume et une fiole de liquide marron.
Et tout en imbibant la pointe concue, murmure:
« Posée dans notre pigeonnière, ce mot ne pourra leur échapper. Certaines en savent déjà beaucoup, mais il est temps de tirer les conclusions qui s’imposent de toute cette histoire ».

« Mes chères Soeurs,
Je vous avait déjà parlé de ce que les Runes me montrent parfois. J’avais déjà eu le sentiment que des forces avaient manipulé les gestes de nos chères Bryn et Aeli pour les mener à faire ce qu’elles ont fait, mais cela semble prendre maintenant une tournure plus claire.
Il y a de cela quelques jours, j’ai souhaité interroger les forces, préocuppée par l’état des fronts auxquels se rendait mon aimé. Alors que je voyageais au travers des Runes, une terrible force me pris à parti, me menaçant en nom des Vierges de Wotan. Quelle vision horrible! Une femme hideuse, rongée par la haine et l’odeur de la Mort, qui, pointant son doigt envers moi me fit sentir son courroux. Je compris à ces mots que la pureté, la vocation, des Vierges de Wotan l’avait offensée, elle qu’elle nous haissait pour cela. Elle me parla en ces termes d’un « amour maudit qu’aucun Dieu n’accepterai » qui avait exacerbé son courroux. Puis vinrent les images de son visage grimaçant, tirant les fils du destin de notre guilde… une petite rixe… Bryn saisissant l’épée pour se suicider, son aimée aveuglée cherchant sa Soeur Brynhidr, et l’aboutissement de cette malédiction avec l’âme de notre maitresse de guilde errant parfois sur Midgard, Aeli privé de ses pouvoirs et une mort tragique…
Je compris qu’elle était bien la cause de tout ce mal et qu’en aucune façon nos Soeurs n’étaient responsable de leurs gestes, que cette chose immonde les avait manipulées. Et qu’il fallait aussi à tout prix que nous luttions de toutes nos forces pour rétablir l’ordre des choses avant que cela ne s’aggrave. Cette force semble très déterminée, elle a tenté de posséder Psyl pour m’atteindre, et je crains de déceler son influence dans quelques tensions naissantes entre certaines de nous. Mais c’est avec confiance que le destin peut se frotter aux Vierges de Wotan, car je le sais, nous ne faillirons pas à notre tâche.
Grâce à Odin et aux pouvoirs des Runes il a été possible, je pense que vous l’avez apprit, de réparer la statuette brisée d’Aeli, et cela semble avoir marché. Il nous faudra sûrement encore nous battre pour retrouver Bryn intacte et venger de quelconque façon de ce soit la disparition de sa soeur.
Ces circonstances m’ont donné depuis à réfléchir sur l’idée d’une cérémonie d’alliance propre à notre guilde, car une union bénie dans les formes sera toujours protégée des Dieux. Je pense que les amours des Vierges doivent pouvoir être officialisées tout en respectant les termes de nos engagements, et un rituel particulier, de plus au regard de la situation actuelle, me semblerai assez approprié. Bien sûr, vous devinez que je pense aussi à Rorkal et moi en évoquant cette union, et c’est non sans émotion que je vous réitère notre souhait de nous unir avec votre bénédiction à toutes.
Enfin, je proposerai d’autre part -mais peut-être serais ce trop m’avancer sans votre avis mes Soeurs- que la ‘virginité’ de notre destin soit scellé par une promesse de ne pas avoir de descendance, ainsi en signe d’engamement envers notre vie de Valkyries.

Voilà.
J’attends avec impatience de pouvoir vous en parler de vive voix,
et c’est avec toute ma tendresse que je vous embrasse.
Votre soeur islidnna.

PS: chère Psyl, tu avais proposé d’officier pour notre union, j’espère très sincèrement que cette idée ne eemettras pas en cause ta participation, cela restera un honneur

Elle partit vers la pigeonnière non sans émotion, pressée d’avertir ses Soeurs; et, le regard tourné vers l’avenir à la fois tendu et confiant, sourit au destin comme à un ami facétieux dont les gestes restent incertains »

Bryn savait la réalité des sentiments amoureux qui unissaient certaines des Vierges à d’autres âmes, et avait accepté l’union. Mais le destin des Vierges de Wotan n’est pas dicté par leurs choix, et leur place était déjà réservée dans l’Histoire.

Ainsi que le fil se coupe toujours trois fois, Islidnna à son tour est profondément meurtrie par la tragique disparition de Rorkal, mort sur les champs de bataille.
Ces derniers mots écrits juste avant de l’apprendre, elle les oubliera, repliée sur elle-même pendant de longues années.

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