III.3 Poupées de pierre

Chapitre 3

Poupées de pierre

Je vais vous raconter ce que ce jour je vis,
Au mileu de ce sang des larmes et des cris,
Quand ils virent arriver les valkyries de pierre,
Défendre leurs villages leurs enfants et leur terre.

Elles vinrent influencer le cours de la bataille,
On ne voyait plus qu’elles au milieu des entrailles,
Courage ou bien folie, les Valkyries de pierre
Avancaient sur l’ennemi, la posture haute et fière.

Yggfrid, Modi, Hel, Thor, tous les dieux meme Odin,
N’ont jamais fait pleurer autant de paladins,
Qu’acheverent devant moi, les Valkyries de pierre,
Et je les vis partir, champ de bataille cimetière.

Si la lame est solide et le regard si froid,
Leur reste-t-il un coeur après tous ces exploits?
Oui je crois. Je bénis les Valkyries de pierre:
Femmes du Nord avant d’etre Reines de Guerre.

Chanson d’un vieux troll guerrier.

* * *

Alors que jeune encore, Tildef, future berserker d’apres son maitre, entra sur un champ de bataille. Les coups et les cris empêchèrent beaucoup de voir l’evenement qui changea son destin. Lors de la charge d’un ennemi bien plus fort qu’elle, Tildef sortit son arme courageusement et se prépara à se rapprocher des Dieux quand Thor foudroya cet ennemi sans aucune pitié. Depuis, à jamais dévouée à Thor, elle devint thane pour mieux le servir et arpente les terres de Midgard tombant au hasard telle la foudre, sur ceux qui la défient.

Tildef vint aux côtés de Vierges et leur demanda à rentrer dans leurs rangs. Cette jeune femme, courageuse quoiqu’un peu impulsive, avait toutes les qualités pour devenir des leurs.
Tildef émit ce voeux et devint Novice. Alors qu’elle recherchait sa statuette, elle eu du mal à résoudre certaines énigmes et épreuves. Continua seule, s’acharna un moment puis refusa l’aide que lui proposaient les Valkyries.
Seules les Soeurs savent pourquoi la déçision de la Maîtresse des Portes était juste. Brynhild ne tranchait pas souvent, mais quand elle le faisait, aucune ne contestait ses déçisions.

« Mes soeurs,

Il y a de cela quelques temps maintenant,
une jeune trollesse emplie d’abnégation
avait postulé pour le pire en notre sein.

Malgré un caractère fort trempé, ce fut un échec.

N’ayant pu accomplir la quête qui lui était donné
Celle ci a préféré, en un instant de déception et de fureur,
S’émanciper de notre guilde
Plutôt qu’affronter nos regards inquisiteurs.

Ayant réalisé son erreur, la question d’une
éventuelle seconde chance se pose.

J’en appelle ainsi à votre réflexion quand à
trancher cette question.

Certes Tildef, en maintes occasions, s’est
montrée brave et fougueuse.

Certes, Notre sœur à l’essai, a été prévenante
aussi bien Vis à vis de sœurs en particulier,
qu’en notre coffre de guilde.

Mais en tant que Directrice de ce couvent !
je dirais une chose:
Il ne sert à rien de donner si l’on ne peut accepter de recevoir.

Il y eu moultes essais, tous infructueux
sans exceptions, de ma part.
Jamais une seule de mes offres ne fût
acceptée même la plus anecdotique.

Ainsi la guerrière qui sommeille en moi se
porte par la négative au devant d’une telle
question.
Mais la chef de guilde saura accorder la
possibilité de passer une seconde épreuve
pour nous rejoindre si telle en est votre
Souhait, mon jugement sera alors placé sous
le signe de la sévérité, plus que de coutume.

Comme le rappelle nos Eddas tout finit par
périr et succomber, seul la renommée, bien
ou mal acquise, perdure.
Œuvrer seule ne procure que l’oubli.

Tildef, je t’enjoins de nous fournir
promptement une explication quand à ta
défection.
Cela ne peut qu’influer sur notre jugement,
mais que cela vienne de toi, et non d’un
skald qui malgré tout son talent ne peut qu’embellir,
jamais changer les faits. »

Tildef ne se manifesta pas de suite, et les Soeurs tinrent un silence sur leurs déçisions respectives, ayant toutes à leur manière tenté de tendre la main à Tildef. Elles se rangèrent leur mutisme à la déçision de Brynhild.

« Tildef, douce et jeune Tildef, qui fût elle aussi brûlée d’avoir voulu approcher le destin des Vierges de Wotan. »

« Une morsure de trop, un râle, une claymore qui tombe, le son de la lame qui se brise au fond de Varul.
Des images qui defilent, joies et peines mêlées. Les poings qui se serrent, le visage qui se crispe, un regard vers la sortie.
Une pensée pour des visages familiers, des images d’une enfance pres de Galplen passe devant ses yeux, dernier couloir…
Quelques mètres à faire, à faire seule, par sa faute. Elle se souvient de ces personnes qui voulaient l’accompagner, de son refus stupide sous pretexte d’independance. Crier a l’aide, trop tard maintenant sans doute, le plus petit des devins de Midgard aurait pu la sauver, mais elle est seule, comme a son habitude.
Une silhouette massive s’effondre, immobile sur le sol… immobile… comme une statuette.
Une vie revue en quelques secondes, des secondes qui maintenant semblent durer une vie.
Résister, ne pas dormir, ne pas dormir, ne pas dormir, vague de délire quelques bruits autour d’elle, un quixote la ferait sortir, sa haine des Seigneurs l’a rendue sympathique à leurs yeux, un lycantique affolé l’achévera, elle le sait, elle bouge, cherche dans son dos… pas de garde… elle se rappelle le bruit de la lame maintenant. Dernier reflexe, ultime geste d’une trollesse encore trop jeune, elle prend ses deux poupées, les serre contre elle, pense au deux jeunes femmes qui les ont confectionnées.
Le pas se rapproche…
Survivre, premier et dernier des instincts, ramper à la sortie, grignoter des centimetres dans cette pente qui s’allonge, seconde après seconde, chaque avancée l’épuise, mais chacune la sauve autant qu’elle la tue alors elle continue.
Comprendre, savoir pourquoi, pourquoi elle est venue seule ici, le chagrin l’achéve autant que la blessure.
Soigner, bien des gens savent le faire, mais pas elle, et ces gens sont ailleurs, pourquoi s’inquiéter d’une personne qui vit seule, si elle ne montre pas que la compagnie lui plait aussi.
Remords, quand on en a, il est souvent trop tard, il est surement trop tard.
Prier, serrer deux poupées de tissu et demander à Thor de les voir demain.
Lycantique… perdu.
Adieu douleur, adieu peur, adieu Soeur. « 

* * *

« Gunn arrive enfin au dongon… rentrée a l’intérieur de celui ci elle entend des bruits de rage et de violences…
Pour une fois Gunn connais la peur, sentiment qu’elle avait longtemps ignoré…

Peu importe ! Elle se remet à courir, dévale dans les couloirs du Dongon des Seigneurs… arrive enfin a une pièce… voit Tildef titubant… yeux remplit de larmes de douleur…se précipite pour soutenir le corps qui s’écroule…

-Tildef ! non… qu’as tu fait…
-J’.. je suis fière d’avoir été l’une des vôtres… donne ca a Gretell pour moi.
-Attend Tildef je vais chercher un guerrisseur, je suis sur qu’il doit y en avoir un plus bas. Tildef? Tildef ouvre les yeux ne te laisse pas aller…non… Tildef…

Les yeux bleus de Gunn devennaient flous, des larmes s’écoulaient sur ses joues, elle n’avait jamais connu une telle douleur…

Des larmes mais pas de sanglots… de bruits de violence… encore… Gunn recule contre un mur… laisse Tildef sur le sol… ses yeux rivés sur la Valkyrie de pierre…Gunn ne bouge plus… elle regarde pétrifiée…des bruits de pas… furtivitée par reflexe…la puissante guerrisseuse de Wotan vient et emmène les corps de Tildef… les yeux dans le vide Gunn ne bouge plus. « 

* * *

« Fidèle à elle même, Psylvien se rend à Varulvhamn afin de frotter les moustaches de ces lycanthropes aux bourses remplies d’espèces sonnantes et trébuchantes…
Avec le temps, elle s’est habituée aux ossements qui par ci, par là, font aussi la déco de ce donjon… restes de loups décimés ou de valeureux guerriers malchanceux…
Mais aujourd’hui, elle ne peut s’empécher de ressentir un profond malaise…
Ne voulant pas y préter attention, la voilà vite aux prises avec des lycantiques plus aggressifs que jamais, les sous fifres ont décidément la dent dure…
Tout à coup son sang se glace, son regard se détourne…. elle sent alors une douleur violente au niveau de son épaule, sort de sa torpeur, assène un coup de marteau fatal au lycantique et se penche sur son corps…
Horreur…
A la ceinture de celui-ci sont attachées 2 poupées de chiffon…
Elle hésite… puis prend enfin les symboles de la jeunesse en ses mains et sent les larmes lui couvrir les joues alors qu’elle voit, cousu au dos des objets souriants « Tildef »…
Elle sait pertinement que la Trollesse au grand coeur ne se serait jamais séparée de ce à quoi elle tenait le plus au monde, ce qui faisait qu’elle ne se sentait jamais seule et dont l’amour excessif qu’elle leur portait tendait à lui faire oublier que des objets ne peuvent remplacer de vrais contacts humains…
Alors elle se lève d’un bond et cherche…
Elle cherche encore, bousculant, soulevant les ossements, décimant des loups sans y préter attention et finalement voit… refuse d’y croire, mais voit…
Sur le sol repose une forme massive, à jamais inanimée, dont une jambe a été dévorée par ces loups peu scrupuleux…
Tildef est devant elle…

Une larme, de la colère, de l’incompréhension et finalement un sourire pour celle qui à son tour est devenue une poupée sur terre mais dont l’âme doit avoir enfin trouvé compagnie et compris le besoin des autres… mais à quel prix…
Psylvien ramène alors le corps près de l’entrée du donjon, se moquant du poids, de l’effort…
« Elle reposera ici à tout jamais, preuve de sa bravoure et de son acharnement glorieux envers ces maudites créatures » prononce-t-elle à haute et intelligible de voix, afin que tous les occupants de la grotte l’entendent…
Elle prend les poupées, les installe confortablement chacune dans un bras de Tildef avant de recouvrir à jamais son visage de la terre nourricière et de commencer son rituel circulaire, celui de la mort et de la vie, celui qu’elle a appris il y a fort longtemps, mais celui qu’elle déteste par dessus tout car celui qui est effectué quand il est trop tard, que le corps est froid et que les faveurs d’Eir sont impuissantes pour ramener les êtres que les Valkyries ont déjà choisi d’emmener vers le Valhalla ou pas…
Mais Psylvien n’a aucun doute quand à la destination de celle qui fut, elle aussi, sa soeur… « 

« Islidnna se réveille en sueur.

La moiteur de la chambre malgré la fenêtre ouverte ne semble être la cause de sa bouffée de chaleur.

Un cri dans un songe, des images trop présentes.
Une fois de plus, dans son sommeil, ce sont les Runes qui sont venues à elle, alors que lors de ce repos, pour une fois, elle ne les cherche pas.

Elle se lève et tatônne pour trouver la lanterne. Allume la mèche, souffle sur l’allumette.

A la lueur blafarde et tremblante, distingue dans leur petit sac de peau les morceaux de bois polis sur lesquels elle travaille, Runes sur du hêtre, tracées en rouge.
Sa main encore hésitante du sommeil arraché prend la bourse et cherche les symboles.

Une force comme toujours semble se dégager lorsque ses doigts habitués frôlent les Runes.

Se penche sur la table et lance.

Dans le cercle constitué, trois Runes tombent et se placent d’elles mêmes. Ce sont Giba, Peorh et Eiwaz.

La Vikti cherche la réponse à son rêve.
Et comme toujours, les Runes lui montrent la Voie.

Tout en haut, Giba s’est mise de biais.
Rune du don et du partage, Giba là contrariée désigne la générosité dont l’homme peut être capable. Une phrase y est souvent associée ‘On apprend à donner généreusement lorsqu’on est devenu créateur, et inversement, la créativité implique le don’.

En dessous c’est positionnée Peorh.
Cette Rune désigne tout comme Wyrd le destin, mais montre le Karma, la loi de cause à effet. ‘Tout les actes semés auront des conséquences, et cela fait partie du destin de l’Homme que d’assumer les conséquences de ses actes’.

La toute dernière est Eihwaz, marque des renversements, bouleversements et remises en question.
‘Après l’expérience des cycles et des répétitions, on marque une rupture, une cassure dans le rythme pour permettre le passage à un autre niveau d’expérience. C’est là le sens profond de la mort: passer sur un aute plan de réalité et de perception’.

Une larme sur la joue fatiguée coule.

La Vikti, malgré elle, et pourtant endurcie par les difficiles épreuves qu’elle a déjà dû surmonter, ne peut s’empêcher de penser à Tildef sans émotion.
Pourtant, elle avait tout fait pour éviter cela, se laisser envahir par une vague de sentiments imposés par ce que les symboles lui dévoilent. Mais elle accepte son destin et ce qu’il implique.

Tout en rangeant les palets, elle remercie une fois de plus les Runes qui chaque jour un peu plus l’amènent vers la voie de la sagesse et de l’humilité, en lui montrant la Réalité des choses.

Se dit que Tildef, malgré tout ce que les Vierges avaient accepté de lui donner, avait choisi son destin bien avant de les rencontrer.
Se dit qu’elle a pu comprendre et assumer les choix qui furent les siens lors de son parcours initiatique, sans que personne, jamais, ne juge son attitude.
Et qu’aujourd’hui, dans la lumière d’Odin et de sa connaissance, elle se sera sûrement trouvée à travers les expériences qu’elle s’est elle-même infligées.

La Vikti regarde dehors la lune qui illumine encore et encore sans relâche toutes les nuit le paysage de Midgard. Songe quelques instants, son visage s’éclaire, elle prononce quelques mots et sourit vers le ciel.

Demain encore, se lèvera sans savoir ce que l’avenir lui réserve, ni confiante ni méfiante, et pourtant si riche de toutes ces émotions partagées.

Ce n’est pas grâce aux Vierges, mais Tildef eu une seconde chance. Les Dieux eux-même savaient que peu pouvaient sans mal intégrer cette guilde, et savent être sages dans leur exigeance.

 » _ Te sens-tu légère sans ton corps?

* Le Seigneur ne m’a pas tuée?

_ Te sens-tu digne d’entrer parmi ces guerriers valeureux?

* qui es-tu Voix?

_ Tu avais qqchose a faire Nous sommes mécontents…

* Ma claymore…

_ Tu crois t’en tirer comme cela?

* J’ai essayé de

_ Perdre? Mourrir? Arrêter sur un échec?

* Mais je

_ Mais tu n’as rien fait corectement? C’est ce que tu allais dire peut-etre?

* Qui es-tu Voix?

_ De Notre nom comme du reste, de rien tu n’es digne, tu as abandonné celles qui louent le Père.

* Ce n’est pas ma faute

_ De qui est-ce la faute? Tu fais questions et réponses.

* Mais

_ Suffit, retourne la-bas, et tache de racheter TA faute, ton ame restera dans la pierre de ton prochain corps, si tu ne rachetes pas ta conduite, elle tombera en poussiere avec, tu croyais Notre Sanctuaire fait pour les faibles?

* Je

_ Le Valhalla ne s’ouvre qu’a ceux que Nous faisons amener, personne ne peut y entrer sans Notre volonté, si le ridicule de ta bétise ne Nous amusait pas, Nous ne te donnerions pas un autre essai. Hahahahahaha!
Bonne chance trollesse, Notre dernier amusement est éparpillé sur une plage, à toi de ne pas augmenter le sable comme il l’a fait…

Deux reliques sont tombées entre les mains d’Hibernia, les temps sont durs pour Midgard.
Les habitants se faufilent discretement, vers des lieux d’entrainement, personne ne la derange, elle est bien la, contre le sable, les pieds dans l’eau, froide cette eau!
Elle se reveille pousse un bruit sourd et grave, un baillement surement chez les siens.
Machinalement elle cherche dans ses affaires et ses vetements.
« gling »
Elle se rappelle.
« gling »
Ce son cristallin qui lui revient.
« gling »
La claymore qui tombe.
« gling »
La douleur et la peur.
« gling »

Sur le sable, droite et brillante, une claymore est plantée. Ce n’est pas la sienne, mais elle sait que c’est pour elle, son regard est plus dur que celui d’un golem, elle range adroitement la claymore dans le fourreau qu’elle posséde.
« Mes poupees! » Elle se dirige lentement vers le Fort Atla.

Une trollesse habile a l’épée m’a sauvé,
D’une mort certaine elle a su me tirer,
Je suis un jeune skald et je vais rapporter
L’histoire un peu étrange qu’elle m’a raconté
Pendant qu’elle m’escortait jusqu’a la ville proche
Je l’entendais se faire plus de mille reproches.

Je ne saurai ecrire en troll cette histoire
Ce ne sont pas ses mots mais vous pouvez me croire.
« J’ai vu la mort jeune homme j’ai perdu mes poupées
Je ne sais plus comment mais elles sont égarées
Puisque me remercier tu dis vouloir vraiment,
Pars en tout lieu chercher la personne les ayant. »

La route finissant son histoire s’écourta.
Avant de la quitter une question se posa:
« Dis moi trollesse pourquoi tu veux tant ces poupées? »
« Parce que sans celles-ci jamais je ne saurai
Me rappeler qui quoi comment j’etais avant
Si j’ai un homme une soeur un parent un enfant. »
Elle ajouta encore juste avant de partir:
« Chaque nuit je me vois juste avant de mourrir
Une femme les a, je ne vois son visage
Et puis je me reveille allongée sur la plage »
Nous nous quittames ici, mais elle rode encore pres.
Elle cherche ses poupées quelqu’un qui lui rendrait.

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