V.2 Sommeil

Chapitre 5

Sommeil

« Skud… »
Sa voix est rauque.
« Maman ne se réveille pas, elle est toute pâle… »

Isliadel se penche sur le visage de sa mère.

« Elle respire pourtant encore… mais je ne sens pas son rythme cardiaque ».

« Etes-vous seules? Je vais venir »

« Je suis seule, oui, je vais la veiller cette nuit… »

Au loin, dans les combats de Malmo, la voix de Skud trahi son inquiétude.

 » Non, j’en suis sûre, son coeur ne bat plus, je n’entend rien… »
Lili essaie de rester calme.
 » Je… je vais faire ce qu’elle m’a indiqué. »
Elle s’active, sort des herbes et des pierres runiques.
« Je vais lui faire son rituel quotidien. Je vais m’occuper d’elle »
La jeune femme fait tomber une écuelle.
« Elle va se réveiller, elle va se réveiller, j’en suis sûre ».

« Lili, j’arrive, reste calme et demande à quelqu’un d’aller chercher un guérisseur en attendant ».

Concentrée, la skald passe un message à sa guilde.
« Quelqu’un pourra-t-il passer ce message à Tuor s’il vous plait: dites-lui que ma mère, Islidnna, est très malade, et que son état vient de s’aggraver… Je dois m’absenter pour veiller sur elle, à bientôt! ».

* * *

Aprés un léger temps de réflection, Skud, d’un pas rapide rejoint l’enclos de la Dragonne, priant Ymir que ce moment horrible soit de courte durée; aux ailes draconniques succèdent celles de Hel.
Sitôt rendu a Svasud il enfourche une monture et se rend en la demeure d’Islidnna.
Il pénètre dans la petite maison, appelant doucement… » Lili, Lili, tu es là ? Lili, c’est Skud, où es tu ?… « 
Il dépose machinalement sa cape encore souillée du sang des Draks, sur une table et se dirige vers ce qui lui semble être la chambre a coucher.
Une lueur tremblante filtre sous la porte, seul signe de vie.
Doucement il entre ouvre la porte et passe sa grosse tête, pour enfin apercevoir Lili et sa mère.
Islidnna a l’air de dormir très profondément, mais les mots de Lili résonnent encore a ses oreilles: une chose très grave arrive a Isli….
Lili se retourne vers lui, ils échangent un regard entendu, l’une a les yeux rouges de tristesse et l’autre de fatigue; d’un geste de la main il lui fait signe de ne pas se déranger, et vient s’agenouiller près d’elles.
Par ses connaissances de quelques phénomènes, il essaye de trouver ne serait ce qu’un soupçon d’indice, mais la tête basse, il convient qu’il n’est pas en mesure d’aider Islidnna, dans l’immédiat.
Parle a voix basse
« Lili, d’aprés le peu que je sais, serait il possible que cela soit entrain de se faire ? »
Cherche une réponse dans le regard de sa protégée.
« Le moment serait il arrivé pour toi et ta mère ? …. « 
Devant son silence et sa tête baissée, il poursuit.
 » Je vais rester avec vous, le temps que vos amis arrivent, aprés nous aviserons; j’espère que l’un d’eux pourra nous eclairer… »

« Une jeune femme entre dans la taverne silencieuse. Ne voyant personne, elle regarde autour d’elle.

Rien. Pas un bruit.

Elle sort alors une lettre de son sac et la pose bien en vue sur le comptoir. Ensuite elle pose une pierre ammenée pour l’occasion sur la feuille afin d’eviter que les courants d’air ne la déplacent.

Soupire, puis après avoir jeté un dernier regard autour d’elle, sort d’un pas décidé de la taverne.

Bonsoir Dame Isliadel,
comme je vous l’ai promis à notre derniere entrevue, je consulte les esprits pour obtenir des informations, une piste … quelque chose qui pourrait nous aider.
Hélas pour le moment mes maigres pouvoirs n’ont pas donnés de résultats positifs. C’était à prévoir… mais c’est est frustrant néanmoins.
Mais n’ayez crainte, je continuerais mes recherches jusqu’à ce que j’obtienne des resultats.

J’espere que l’état de santé de votre mère reste stable, et je vous tiendrait au courrant d’une quelconque evolution dans mes recherches.

Votre dévouée,
Cadira « 

* * *

« Millie entrouvre la porte doucement, et murmure: « Lili tu es la? « 

Aucun bruit ne sort de la pièce, le temps semble arreté. Voyant le corps de sa tante allongée, si … calme, Millie s’approche, tâte le poul d’Islidnna … rien, et pourtant vivante à sa chaleur corporelle. Elle semble désemparée devant la situation, puis levant les yeux, aperçoit Skud, silencieux à son arrivée, dans la pénombre de la pièce, elle ne l’avait pas vu de suite.

« Je ne t’avais pas vu, Skud », esquisse un sourire.
 » Cher Skud, peut être est il temps de mettre de côté notre différent … de toute façon, bien des événements se sont produits depuis … mais là l’heure est grave, que se passe t’il? Lili m’a demandé de venir ausculpter sa mère … mais je crains que cela dépasse mes compétences d’Eir-othila … et Lili semble épuisée… je me sens si impuissante. Que pouvons nous faire, l’heure serait elle venue pour Islidnna ?… elle était déjà bien faible depuis quelques temps .. » Soupire.
« Peut être interroger les Nornes ? » Baisse les yeux, posant son regard sur le visage de sa tante; « Mais je ne sais comment m’y prendre…

Son regard est attiré par la petite note, la prend, et lit.

« Cette femme, Cadira, espérons qu’elle puisse nous apporter des réponses. Le devoir m’appelle, je repasserai prendre des nouvelles très prochainement, je tacherai de me renseigner également … au cas où… « 

Salue Skud, et ressort de la maison d’Islidnna, visiblement inquiète du sort mystérieux de sa tante.

« Une grosse ombre passe devant la maison et depause une lettre sur le seuil de la porte puis repart aussitot, les larmes au yeux.

« Chere Isliadel, Lili, protégée ou quel que soit le nom que je puisse te donner. Voilà plusieurs jours que je passe devant votre demeure sans avoir le courage d’y entrer voir l’état de ta mère.
Il m’a fallu deja beaucoup de courage pour t’ecrire cette lettre.
D’ici quelques jours je vais devoir partir en voyage pour des raisons personnelles, je ne sais si je te verrais avant alors je tennais à te mettre au courant.
Ce départ est loin de tomber au bon moment, j’aurais aimé pouvoir aider ta mère, tu le sais, et j’espère qu’elle le sait aussi. Mais je me dois de tout abandonner, toi, ta mère, mais aussi ma guilde ainsi que mon statut d’ambassadeur des Deus-Irae, mes amis, mes frères.
C’est les yeux plein de larmes que d’ici demain je quitterais les terres connues partir au loin pour une durée que seul Ymir peut connaitre. Je te prie de m’excuser, de ne surtout pas croire que je t’abandonne ni que j’abandonne ta mère.
J’éspère que celle ci se remettra de ce mal qui l’habite, je n’ais peut être que très peu d’experience pour les soins mais de ce que j’ai entendu ce n’est pas le pouvoir des guérisseurs ni des chaman qui pourront la guerir.
Cherche dans ses parchemins et dans ses runes peut etre y trouvera tu la reponse.

Il est temps pour moi de payer mes erreurs passées et de m en aller, je n est qu un service a te demander prend cet anneau d’ours chaman et offre le a ta mere. Il ne lui est peut etre d aucune utilité mais je l ai porter durant bien des temps. Cet anneau est la seul chose que je possede encore de l epoque ou je l ai connus. Je tiens a ce que si quelque chose devait m arriver que ce soit elle qui le garde en mon souvenir car j ai l espoir qu elle se reveillera et se relevera.

Ton ancien protecteur, Tuor serviteur d’Ymir. »

* * *

Le tonnerre… ou un râle… difficile à dire… de la colère… oui… de la colère c’est bien cela…
Psylvien ouvre un œil et regarde la position du soleil, elle est en retard…
D’un pas précipité, elle se rend dans la salle ou se restaurent les héros du Valhalla et prend vite une corne d’abondance afin de les servir… trop tard… les tables sont vides…
Psylvien se réajuste, va déposer la précieuse corne et se demande ce qu’il se passe, à cette heure ci, d’habitude, il reste du monde…
Elle suit le tumulte de la foule et se rend compte que les grondements qu’elle avait entendu en pensant rêver sont bien réels…
Dans la salle ou préside Odin, une assemblée de crise est réunie, Psylvien entre, surprise, mais le dieu la chasse d’un geste agacé.
La jeune femme, un peu vexée il faut le dire, se rend en ses quartiers et se replonge dans les us et coutumes du XVII ème siècle, temps de sa prochaine mission mais, impossible de se concentrer : que se passe-t-il donc ?

La tentation est trop forte… s’éloignant subrepticement de sa chambre, la jeune Vierge retourne près de la salle et écoute… Les protestations sont assez bruyantes et il est difficile de suivre ce qui se passe.
Un hurlement de colère d’Odin, suivi d’un bruit de foule qui se rapproche font fuir la jeune femme qui retourne dans sa chambre mais, qu’a donc pu vouloir dire son Père par : « Cela n’aura jamais mes filles ! On ne prend pas encore aussi impunément le pas sur moi ! Le Valhalla n’est pas peuplé d’êtres décadents ! »

Un peu plus tard, une Valkyrie vient voir Psylvien et lui dit qu’Odin l’attend, elle doit aller le voir immédiatement.
La jeune femme se rend donc auprès de son père qu’elle sait en colère mais, en arrivant face à lui, elle le trouve emplit de tristesse.

Vous m’avez fait demander père ?
Oui Psylvien, j’ai à te parler de choses importantes qui, je pense, risquent de t’attrister tout autant que moi…
Je vous écoute, dit-elle surprise, que se passe-t-il donc ?

Avant toute chose, je pense que je dois te redire combien je t’aime et combien j’aime toutes mes filles, vous êtes ma joie, ma vie…

Nous aussi vous aimons père, répondit la Vierge, surprise de tant de débordement affectif.

Il est vrai qu’au départ, lorsque je vous ai crées, vous étiez plus un instrument de mon pouvoir, afin de faire régner l’ordre dans les endroits où je vous envoyais mais… le temps passant, j’avoue ressentir des émotions de plus en plus fortes pour vous, comme un véritable père…

Psylvien ne comprenait toujours pas ce qui se passait, Odin était d’habitude si … lui-même, un dieu … Le voir souffrir était surprenant et faisait quasiment peine à voir…

Voilà Psylvien, je pense qu’il est temps de lever le voile sur le mystère de votre naissance…
Cela fait maintenant des siècles que mes Valkyries choisissent les valeureux et amènent ceux qu’elles en jugent dignes au Valhalla.
Leur mission est de survoler les champs de bataille et de choisir les héros à l’issue d’un combat. Comme tu le sais, elles vivent ici, à mes côtés…
Mais le temps est passé et les hommes, que je pensais des créatures très simples à comprendre, soit bons, soit mauvais, m’ont surpris par certaines de leurs réactions, ils devenaient complexes…
Je devais absolument en savoir plus sur eux, leur comportement et leur façon de penser afin de rester un dieu juste et décider qui méritait le Valhalla ou Helheim…
Je vous ai donc créé, vous, les Vierges d’Odin, mon nouvel outil d’analyse des hommes.
Mais je vous ai fait différentes de mes Valkyries…

Pouvez-vous m’en dire plus sur notre naissance et ce qui nous différencie des Valkyries ? demanda une Psylvien partagée entre la colère de n’être qu’un objet et l’exaltation d’en savoir plus…

Eh bien… j’ai convoqué mes immortelles Valkyries et ai prélevé un ovule au fond des entrailles de chacune d’elles et …

Un ovule ? l’interrompit Psylvien, qu’est-ce donc ?

Un noyau de vie, ce qui permet aux femmes d’enfanter, de donner la vie… Il est normal que tu ne saches pas ce que cela est, je vais y venir…enfin, tu vas comprendre seule…
J’ai donc pris un noyau chez chacune de mes guerrières et en ai fait un enfant… Tu es un de ces enfants… vous étiez toutes des filles… Je vous ai éduqué, vous avez appris à vivre ensemble, à vous connaître…
Une fois adultes, je vous ai donné une mission : vivre sur terre, parmis les hommes qui me nomment Wotan, apprendre à les comprendre et à décider de façon plus nuancée qui méritait le Valhalla et qui ne le méritait pas.
Des différences fondamentales vous opposaient donc à mes Valkyries car, vous alliez vivre sur terre, le temps que vous y passeriez vous ferait vieillir et surtout, pour éviter tout attachement avec les hommes, vous seriez stériles et ne pourriez donc pas avoir d’enfants : votre but était apprendre les hommes, pas vous attacher à eux… une fois votre étude de l’époque terminée, vous deviez revenir au Valhalla par un rituel que je vous avait enseigné…

Le temps était venu, j’ai donc cherché sur terre des femmes dignes de vous porter en leur ventre afin qu’elles deviennent vos « mères ». Certaines d’entre elles allaient connaître des destins tragiques, d’autre vivre plus longtemps que votre mission ne durerait, mais bon, elles n’étaient que des humaines, ce n’était pas très grave.

Toutefois, en arrivant sur terre, vous n’étiez pas laissées à l’abandon, car je régissais toutes vos vies : vous portiez inconsciemment en vous le désir de vous retrouver afin de former une communauté dont j’avais choisi subtilement le nom en fonction du fait que vous ne pourriez pas enfanter : Vierges de Wotan.
Parmis vous, une Vierge aurait une connaissance plus grande des runes et saurait, le moment venu, communiquer avec moi, elle serait votre Vitki.
Une autre dont les qualités guerrières seraient les plus fortes et les plus protectrices à votre égard deviendrait votre guide.
Je n’avais hélas pas tout prévu… Le fait de vous avoir fait naître par le biais de mortels vous avait rendues mortelles vous aussi… Certaines d’entre vous sont revenues à mes côtés bien plus tôt que prévu à cause de maladies, maltraitances, famines etc.
J’ai donc du les renvoyer à nouveau mais un problème évident se posait : les Vierges renvoyées auraient une différence d’âge avec les autres qui auraient survécu, et retrouver la communauté prendrait plus de temps, ce qui pourrait priver les Vierges d’un élément important de leur groupe pendant un certain temps…
Ce n’était que le début de mes ennuis…
Je vous avait envoyé vous mêler aux hommes mortels, les étudier, les apprendre…
Je ne me doutais pas que pour cela vous alliez développer des « sentiments » à leur égard.
Tout a commencé à m’échapper…
Votre mission s’accomplissait, certes, mais certaines d’entre vous se sentaient attirées par les mortels et cela me mettait dans une colère noire. Que de temps de perdu à batifoler avec ces êtres que vous deviez étudier.
J’ai donc mis en place le « Rappel » et ai déposé sur terre une statuette à votre effigie, que vous vous deviez de trouver.
Le but était simple : ne pas vous attacher aux humains et être conscientes que vous aviez une mission à accomplir. Une fois que j’avais décidé que l’une d’entre vous avait terminé sa mission, sa statuette devenait incandescente et elle savait que le moment était venu pour elle d’effectuer le rituel afin de regagner le Valhalla. Si elle se refusait à le faire, c’était très simple, Helheim lui tendait les bras.
Une fois de retour à mes côtés, il était impossible à la Vierge de Wotan de retourner sur terre à la même époque et au même endroit : afin d’éviter trop de questionnement de la part des mortels et surtout… d’éviter que la Vierge ne retrouve des mortels auxquels elle se serait attachée…
Cela a fonctionné un temps, puis de nouveaux problèmes sont intervenus : votre place au sein du royaume dans lequel je vous avait envoyées. Même si vous aviez été discrètes, que je vous avait appris à être efficaces plutôt que de parader. Votre action sur les champs de bataille s’est fait remarquer de par votre cœur… exactement ce que je ne voulais pas…et de jeunes mortelles ont voulu grossir vos rangs…
J’ai mis un certain temps à me décider, puis j’ai accepté que certaines vous rejoignent, pensant qu’il serait intéressant d’étudier la chose.
J’en arrive à un problème grave…

Psylvien était transportée, effarée de certaines révélations, de morceaux de son histoire dont elle ne se souvenait plus…

Certains hommes ont fait appel à des forces qu’ils ne maîtrisent pas et ces forces se sont petit à petit mises en commun et m’ont observées, moi, Odin…

Car… à force de vous voir évoluer dans un destin que vous ne maîtrisiez pas, vous voir lutter contre l’adversité, comprendre le cœur des hommes en ouvrant le votre in intentionnellement, eh bien… je me suis attendri, je l’avoue… et j’ai commencé à vous aimer… vous deveniez de plus en plus mes filles dans le sens où malgré toutes les transgressions et les imprévus vous accomplissiez votre mission avec justesse, honneur et bonté.
A ce moment là j’ai décidé de vous laisser pleinement étudier, de ne pas rappeler immédiatement après leur mission celles qui avaient trouvé l’amour mais plutôt celles qui étaient lasses, fatiguées, ou souffraient trop de la vieillesse…

Ce que je jugeait comme un échec, vous, est finalement devenu une force car j’en ai beaucoup plus appris sur la nature humaine que je ne l’aurait pensé et vois maintenant qu’un être humain est bien plus compliqué que ce que je ne pensait.
Voilà, tu sais tout de votre histoire Psylvien…

La jeune femme restait interdite… avoir été considérée comme un échec par Odin la troublait, mais n’était-ce pas là encore des sentiments humains qu’elle ressentait et dont elle était dépourvue à l’origine comme son Père le lui avait dit ?
Tout se chamboulait dans sa tête…
Elle posa alors machinalement une question :
Et… ces forces dont vous me parliez ? Est-ce… la raison de votre colère ? « 

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