V.4 Epilogue

Chapitre 5

Epilogue

Après avoir passé plusieurs jours à marcher, une jeune femme arrive au fond d’un col montagneux, enneigé par la douce journée de printemps. Elle fredonne doucement, regardant l’horizon, suivie d’une prêtresse, visiblement très âgée. Semblant savoir que l’endroit est celui qu’elles cherchaient, elles installent une large peau tannée sur l’herbe. Soutenant son ventre gonflé, la blonde guerrière s’y assied, commence à défaire sa tenue de cuir, et, aidée par sa compagne, enfile une tunique de soie blanche.

* * *

Assise à son étal de marchande, Islidnna attend patiemment ses clients en confectionnant un chapeau de tissu.Malgré sa cécité, ses doigts habiles cousent à la perfection, tâtant la doublure pour l’ajuster correctement. Elle s’interrompt un instant, levant le visage.

-« Gedri! » appelle-t-elle.
-« Oui Dame? »
Les traits de la Runemaster sont tendus.
-« Ne sens-tu pas quelque chose? »
-« Et bien… » L’homme regarde autour de lui.
-« Une présence oui, quelqu’un nous observe certainement »
-« Non, ce n’est pas quelqu’un… »

Elle se lève prestament et trace un signe devant elle, provoquant quelques traits de lumière.

-« Protège-toi, vite » ordonne-t-elle d’une voix ferme.
-« Ma Dame, que… »
Mais il n’a pas le temps de finir sa phrase.
Soudain, dans un crissement morbide, une main décharnée surgit de son torse, appendice arrachant au passage son coeur exhibé sous ses propres yeux.
-« Odin, que se… » tente-t-il d’articuler.
Sa voix se perd dans un reflux de sang. Un rire rauque s’élève tandis que Gedribaen s’effondre au sol, sans vie.

Islidnna, debout, a saisit d’une main son bâton de Runes, de l’autre geste une incantation.
-« Qui êtes-vous, qu’avez-vous fait? »

Au bout des griffes sanguinolentes, une forme se dessine. Un rictus grimaçant prononce:
-« Depuis le temps que je te cherche… »
Un bouclier s’est formé autour de la prêtresse, bulle de protection runique contre les assauts offensifs.
-« Qu’est-il arrivé à Gedribaen? »
Sa voix tremble d’émotion.

L’entité s’avance vers elle, glissant sans bruit jusqu’à son visage, et souffle une odeur fétide tout contre sa peau. Islidnna frissonne.

-« Je ne sais ce que vous voulez mais ce n’est par la force que vous l’obtiendrez, qui que vous soyez. »
Un coup violent l’atteint en plein torse, l’envoyant sur le sol.
-« Pauvre petite… tes protections ne peuvent rien contre moi »
La respiration de la Naine s’accélère, sous l’effect de l’impact et de l’appréhension. Elle se dit qu’une force capable de briser ses enchantements est une grave menace.
Mentalement, elle tente de joindre une de ses Soeurs, pour les prévenir.
-« Ne te fatigue pas, aucun de tes pouvoirs ne peut s’exercer ici, j’en ai décidé ainsi. »

La prêtresse tente de se relever, ses traits son crispés. Elle sent une douleur lancinante envahir son bras, certainement cassé dans la chute.

-« Mais que voulez-vous? Je n’ai rien à vous offrir que ma marchandise… prenez ce que vous voulez »
-« Tss…Voyons.. je vais t’expliquer… »

* * *

Allongée, Isliadel a commencé les exercices de respiration qu’on lui a enseignés.
-« Prens ton temps Lili ,ca va venir. Je te prépare une décoction qui va accélérer le travail. »
Orsalne a sortit plusieurs ingrédients, qu’elle broie dans un bol, ajoutant parfois un peu d’eau. Elle s’approche, et, soutenant sa tête, la lui fait boire.
-« Tes enfants sont à terme, mais se font un peu désirer. Cela arrive parfois. »
Elle sourit en signe de confiance.
-« Ne t’inquiète pas, tout va bien se passer. »

La future maman pose la tête contre sa couche, regardant le ciel.
-« Merci Orsalne, merci d’être avec moi ».
Les deux femmes joignent leurs mains et se regardent, entament un doux chant à l’unisson.

* * *

-« Tic tac tic tac, l’heure est venue pour toi ».
Bloquée au sol, Islidnna entend la voix commencer un discours, phrases chantées dans un élan morbide.

-« Il était une fois…
…une enfant de choix…
… qui m’a donné son âme…
… en me prêtant sa lame… »
S’interrompt. « Cela ne vous rapelle rien? »
Pâle comme un linge, la Naine secoue la tête.

-« La suite la suite! » La chose bat des mains dans une exaltation perfide, reprend:
-« Mais quand l’heure fût venue…
… que je suis descendu…
… je me suis aperçu….
… qu’elle n’en était pourvue… »

-« Lili… » murmure la prêtresse.
-« Oui!!! Voilà, tu sais donc parfaitement de quoi je parle! »

La chose à nouveau s’approche, venant à son oreille.
-« Mais quand l’heure fût venue…
… que je suis descendu…
…l’infante parvenue…
… d’âme était dépourvue…. »

-« Pourquoi? », rage la Vitky
« Pourquoi vouloir l’âme de mon enfant? »

L’entité se relève, explique d’un ton méprisant.
-« Elle faisait partie de mon armée, les Spectres, et chacun de ces soldats, en gage de fidélité, me donne son âme! »
Puis continue en gromelant.
-« Il faut croire que votre maudite lignée a décidé de me tenir tête… Je n’ai pas réussi à avoir celle de ta petite nièce, Millie… Mais cela ne se reproduira pas deux fois! »

Alors qu’Islidnna sourit à l’évocation de cet échec, une magistrale giffle envoie sa tête frapper contre terre, ensanglantant son visage.

* * *

-« Orsalne! »
Isliadel qui s’était assoupie, ouvre les yeux dans un cri, saissisant son ventre.
-« Orsalne, il se passe quelque chose »
La vieille femme, occupée à psalmodier, revient précipitement vers elle.
-« Ce n’est rien Lili, tu perds les eaux, le travail commence. »

Orsalne reprend son psaume, plus fort, caressant le front de Lili, crispée par salves de plus en plus rapprochées. Elle entame une danse, levant parfois les bras au ciel, appelant la bénédiction des Dieux, jetant des poudres à tous vents, chantant dans un langage inconnu. Sa voix s’élève dans la vallée, portée par les cîmes avoisinnantes, résonnant dans le lointain.

* * *

-« Bien…assez parlé ».
La forme humanoïde change de couleur et devient sombre comme de la suie. Islidnna gémit. Elle tourne la tête et lance:
-« Finissons-en, prends mon âme et que ma fille soit épargnée! »

-« Une Vierge de Wotan… quel honneur! ».
La Vikty sent qu’on lui saisit le pied et la tire contre le sol.
-« Car bien sûr j’aurais pu me contenter de prendre ta source mais je sens que je ne vais pas résister au plaisir… »
Une autre main l’attrape par les cheveux, soulevant son corps meurtit.

Suspendue, elle se retient pour ne pas crier.
-« Tic tac tic tac, ton heure est venue runiste. »

Mais Isli n’entend plus. Elle se concentre et repense à tout ce qu’elle a vécut. Se souvient de son enseignement de Myste, de la douce odeur des repas préparés pour la communauté. Du premier jour, où elle a rencontré les Vierges de Wotan, Brynhild et Aeli discutant derrière une chapelle, puis de la grande maison de ses Soeurs. De Boubou, assis devant la cheminée, contant des histoires de sa grosse voix. Elle revoit les femmes partir au combat, vêtues de leurs armures brillantes, et revenir maculées de sang et de boue, les sacs chargés de trésors.

Alors que la colonne vertébrale d’Islidnna se brise sur un coup sec, sa fille déchire le silence des montagnes en un cri de douleur.

* * *

« Laissez-moi vous parler d’un autre temps,
D’une guilde à Midgard il y a bien longtemps,
Des femmes, toutes sœurs dans la joie et dans le sang
Elles s’appelaient Vierges de Wotan… »

Une guerrière descend du ciel. Son visage est impassible, doux pourtant, ses yeux flamboient. Dans une de ses mains, un glaive, dans l’autre une coupe.

-« Père? »

De ses pieds nus elle foule les airs, s’avance sans bruit. Sur son chemin semble s’arrêter le vent, se figent les feuilles errantes, les insectes insouciants.

-« Vikty, tout ira mieux maintenant. »

« Fortes et fières, elles allaient de l’avant,
Contre tous les démons, Odin les guidant,
Valkyries fidèles et servantes mais, mortelles pourtant
Triste destin, Vierges de Wotan… »

Sa chevelure encadre son visage, lèvres serrées, poing levé. Elle s’arrête, une larme naît dans son regard alors que ferme, la lame fend les airs si vite qu’un sifflement se fait entendre.
Elle incline la tête, se détourne un peu tandis que, coupe tendue, elle recueille une poussière noire avant qu’elle ne se disperse. D’un geste gracieux remet le glaive à sa ceinture, pose la coupe et la recouvre d’un linge blanc.

« Richesse et gloire n’étaient pas leurs penchants,
Honneur et dévotion bien plus gratifiants,
Malgré les épreuves et les doutes elles souhaitaient vraiment,
Etre toujours Vierges de Wotan… « 

La guerrière se courbe et tend les mains vers le corps inanimé laissé au sol. Elle soulève délicatement le torse, enlève du visage quelques mèches blanches et un peu de poussière, sourit.

« Larmes de sang,
Larmes de joie,
Mais nous nous retrouverons toujours. »

Ses mains viennent serrer sa nuque brisée, elle se penche et dépose un baiser sur les lèvres déjà pâles.

* * *

Islidnna est emportée par sa Soeur Psylvien tandis que le ciel se dégage pour les laisser rejoindre la demeure d’Odin.

En s’éloignant, ses yeux s’ouvrent, elle les tourne vers Midgard.
Isliadel est allongée, et tient dans ses bras ses deux enfants juste nés. Deux garçons dont les noms résonnent déjà. Deux Folküng qui dans leurs coeurs détiennent un des nombreux secrets des Vierges de Wotan.

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