Chapitre V

V.1 L’infante

Chapitre 5

L’infante

« Bonjour à vous nobles Vierges de Wotan! »

La grande jeune femme dépose sa lourde claymore à l’entrée de la taverne et s’avance. Elle ne porte ni cape ni heaume, et son visage bronzé semble bien plus assuré que la dernière fois qu’elle était passée voir les Soeurs de sa mère.

« Tout d’abord je tiens à m’excuser auprès de vous, car je ne me suis entretenue qu’avec Brynhild au sujet de l’impossibilité pour moi de rejoindre vos rangs. J’en suis triste, mais certains évènements font que cela est totalement impossible.
Cependant, une jeune fille prêtresse de Eir souhaite embrasser votre voie. Elle se nomme Scilla et me dit avoir déjà rencontré Vynnea. Pour ma part, je la connais bien, puisque c’est la fille de ma chère cousine Millie. Elle n’a de cesse de répéter la grandeur des Vierges de Wotan, dont son enfance a été bercée.
Je me permet donc ici de venir vous présenter sa requête, car elle est encore un peu jeune pour se présenter elle même. Mais je l’ai enjoint à vous contacter directement par la suite, dès qu’elle aura avertit ses parents de sa décision »

Son regard fait le tour de la pièce.

« Dame Psylvien a disparu, c’est donc vrai… »

Elle s’approche de Neraia et pose la main sur son bras, baissant un peu la voix.

« Dame Neraia, mère est gravement malade, je ne sais si elle vous en a parlé. Je pense qu’elle aimerait croiser Psylvien si vous la revoyez. Je crains que sa disparition n’aie aggravé sa douleur, car elle ne cesse de me parler d’elle. Mais sa maladie a d’autres causes bien plus profondes, elle est très fragile et malgré toute mon attention, je ne sais pas toujours que faire pour la soulager. Faites attention à elle, je vous en prie. »

La Skald se retourne, tentant de cacher une émotion contenue, et se dirige vers la porte.

« A bientôt Mesdames, qu’Odin veille sur vos pas! »

Reprend son arme et disparait dans la brume.

La Vitkty des Vierges de Wotan ne fît bientôt presque plus aucune sortie, cloîtrée dans sa chambre, la plupart du temps à dormir. Certains guérisseurs se penchèrent sur son état, sans vraiment trouver auutre chose qu’une immense fatigue.

Lili de son côté poursuit son chemin et décide de rentrer dans la guilde de sa cousine, Les Spectres, s’exposant sans le savoir, une fois de plus.

« C’était il y a bien longtemps, un temps où les dieux, les géant, les êtres magiques et les hommes s’entretuaient pour le pouvoir, pour la domination des neufs mondes. En cette période Loki, dieu Ases, trahissait en secret ses semblables s’accouplant avec une géante, Angerboda. Cette union donna naissance aux pires craintes des mondes, Hel, Fenris le Loup, et Jormungand le serpent si grand qu’il pouvait entourer la terre en se mordant la queue. Mais Odin avait offert son œil a Yggdrasil, et cette déloyauté ne pouvait échapper à son regard. Alors il punit Loki lors du banquet d’Aegir l’enchaînant à d’immenses rochers pour le restant de sa vie. Mais le dieu de la malfaisance ne l’entendait pas ainsi, il confia à Hel une grande tache : élever une armée pour qu’il puisse se venger des Ases, cette armée se nommait « Les Spectres ».

Odin pensait alors avoir sauvegardé la paix dans Asgard, mais un jour les völvas, des voyantes au service des Nornes virent annoncer une terrible prophétie au père des dieux : Le ragnröck, l’apocalypse, la fin des Ases. Sur les terres du Vigrid, Fenrir tuera Odin, Jormungand noiera Thor dans un flot de venin et l’armée de Hel terrassera humains, einherjars et divinités. Mais vaincre les Ases ne sera pas si facile, ils capturèrent Fernrir, banirent Hel dans le royaume des morts et envoyèrent Jormungand dans les profondeur de l’océan. Pour se préparer au combat final, Odin envoya régulièrement ses vierges, les Valkyries, en Midgard afin d’en ramener les héros mort au combat, les einherjars. Il les invita au Valhalla afin qu’ils s’entraînent pour fonder une armée. Mais Hel faisait de même au royaume de morts comme lui avait dicté son père. Les trois fils du malheur envoyèrent alors leur esprit sur terre sous la forme de trois avatars.

Midgard vit alors la naissance de Fenryll esprit de Fenris, Ayalla esprit de Jormungand, et Ragnuff, esprit de Hel, avec pour mission de fonder et ériger l’armée des « Spectres ». Ce maléfique cadeau fut offert à un pauvre couple stérile, Erasmus et Erga Swordwraith qui élevèrent pourtant ces enfants avec l’amour que donnent des parents à leurs enfants. Pour les Ases, ces enfants ne de devait pas rester réunis.

Alors que les porteurs du Ragnaröck n’était qu’enfant, Thor fit un jour irruption dans la demeure des Swordwraith, abandonnée quelques heures par les hommes de la famille. Le porteur du Mjollnir, ôta la vie d’Erga d’un simple geste et enleva la pauvre Ayalla complètement désemparée. L’avatar de Jormungand fut alors abandonnée dans les dangereuses montagne du Jamtland.

Fenryll était lui un enfant sauvage qui n’a jamais su accepter l’autorité paternelle, lors d’une de leur violentes disputes alors qu’il était adolescent, l’avatar du loup se jeta sur son père et le mordit à la jugulaire jusqu’à ce que mort s’en suive. Il fut alors chassé par son propre frère qui lui ne manifestait encore aucuns symptômes de sa funeste destinée.

Paradoxalement, Ragnuff semblait être un enfant tout a fait normal, mis a part que depuis la mort de son père, il était hanté par ses rêves, des cauchemars ou des hommes et des femmes de Midgard périssaient sous son joug. »

* * *

Tenue d’une main de fer par Millie et son époux Ragnuff, la guilde des Spectres accueillait toutes sortes de guerriers, troupes organisées et farouches. Isliadel y reconstruisit sa vie avec le sourire, heureuse d’être aux côté de sa chère cousine.

« Le corps endormi d’Isliadel gît sur le sol, sans autre précaution que d’avoir mis sa besace en oreiller sous sa tête et calé sa claymore à portée. Le vent qui souffle sur la plaine et les animaux sauvages passant à proximité ne dérangent en rien son paisible sommeil, seulement parfois agité de soubresauts.
Tandis qu’elle porte sa main à son visage pour en chasser un petit insecte, un grondement sourd traverse la terre, la lune en une fraction de seconde est voilée d’une chape grise et opaque. Une indéfinissable odeur de rance apparaît, quelques oiseaux de nuit prennent leur envol pour fuir et les végétaux mêmes, autour de l’assoupie, semblent vouloir courber leur frêle tige en signe de peur. Des lambeaux de brume noire sortent du sol en rampant telle des ronces, s’élèvent vers le ciel, et se recourbent au dessus du corps de la jeune femme, dont la calme respiration, devenue glaciale, se perd en volutes de givre.
Pendant un instant, les lambeaux semblent venir tâter les contours de son armure, puis de son visage, avant qu’un grondement plus fort que le précédent ne s’élève.
Des mains décharnées, suivies de bras, puis d’un corps aux contours mal définis sortent lentement du sol. Formée de brume noire et épaisse, l’entité pendant un moment cherche la forme qu’elle va prendre, puis un rictus géant vient affiner le portrait.
Une voix s’élève.
« Jeune femme au coeur brisé,
tu as cru trouver le salut en t’engageant dans une cause.
Tu as cru que tes souffrances seraient effacées en oubliant ton passé.
Tu as cru qu’en t’estimant victime, ton innocence te serait pardonnée. »
L’ombre rit et se frotte les mains.
« Mais c’est de ton âme que tu vas payer, car comme tout les Spectres de mon armée, je vais te la retirer! »
La face déformée se penche sur celui de Lili, venant humer dans son cou
« Quelle douce odeur d’innocence, je sens que ton âme va être … délicieuse »,
et prononçant ce dernier mot au creux de son oreille, agite frénétiquement ses longs doigts.
« Hinhinhin … tu ne sentira rien belle enfant, ou presque … « 
Les appendices crochus de ses mains plongent dans son poitrail avec un crissement macabre.
Longuement, l’ombre fouille avec un plaisir non dissimulé, penché comme au dessus d’un inestimable trésor, puis soudain s’arrête, semblant avoir trouvé quelque chose.
« Enfin! Tu as dû passer de bien tristes moments pour que ton âme soit à ce point enfouie ».
Les doigts ressortent lentement des chairs et exhibent une forme translucide et immatérielle. Le visage grimaçant change en un instant d’expression, et la voix tonitruante s’exclame:
« Qu’est-ce que c’est que ça? ».
De ses yeux révulsés, l’entité contemple la trouvaille.
La voix à nouveau s’élève, encore plus forte.
« Mais qu’est-ce que ce sortilège? »
Elle se redresse pour renifler le bout de ses doigts maculés, puis lèche la forme extraite en grognant.
« Aaaaaargl! Un simulacre! Tu n’as pas d’âme, Isliadel WyrdStorm, tu n’es même pas vivante! ».
L’avatar soudain se dilate, entraînant avec lui un vent violent.
« Si tu n’as rien à me donner, c’est ton corps que je prendrais! ».
A ce moment exact, le corps de Lili réagit. S’arc-boutant dans un sursaut, tous ses muscles se tendent à l’extrême, et sur son front apparaît un symbole.
« Wyrd, la rune du destin …  » marmonne l’entité.
« Ainsi, c’est quelqu’un d’autre qui possède ton âme … « .
Son poing se referme au dessus du visage toujours impassible.
« Parfait. Je retrouverais ton âme. Quoi qu’il en soit, tu m’appartiens déjà! ».

* * *

« Après quelques heures de someil, Cypheer se reveille, le dos un peu bloqué dû à la dureté du sol où il a passé la nuit. Il passa un peu d’eau sur son visage puis decida de passer a la Taverne pour dire bonjour.
En entrant, Cypheer ne vît pas grand monde, deux jeunes fermiers assoupis a une table, un vieille homme non loin d’eux, et Isliadel.

Cypheer ne connaissait pas trop Isliadel, il l’avait rencontré ici meme, dans cette taverne; Il savait que la cousine de Millie etait une combattante vu l’imposante épée a ses pieds.
Bien que cela ne faisait que quelques jours qu’ils ne s’etaient rencontré, ils commençaient a se connaitre de plus en plus et le contact etait facile.

Ne voyant personne d’autre de connu dans la Taverne, Cypheer decida d’aller faire la causette a Isliadel. Lorsqu’il s’assit à sa table après lui avoir dit bonjour, Cypheer remarqua qu’elle n’était pas dans un etat « normal ». Elle ne semblait pas bien, des traits sombres sur son visage le confirmer.

Isliadel, vous ne me parraissez pas en grande forme aujourd’hui, quelques choses ne va pas, ou vous avez seulement passez une mauvaise nuit ? »

« Oh, Cypheer, bonjour! »

Elle secoue la tête et lui sourit de bon coeur.

« Non non tout va très bien, j’ai vraiment mal dormi. Je pensais à ma mère, Islidnna. Elle est très malade et a reçu la nouvelle de la disparition d’une de ses Soeurs hier. Je crains que son état n’empire, mais malheureusement, je ne peux rien pour elle. Je l’ai sentie en mon coeur pleurer toute la nuit, nous sommes très proches. Voilà pourquoi j’étais pensive ami. »

Avalant une gorgée de boisson aux herbes pour faire passer son émotion, elle le regarde.

« Je suis contente d’être parmis vous, vous avez l’air d’être un clan uni et respectueux des traditions, et c’est exactement ce qu’il me faut. Bien que votre nom soit un peu funeste. » Elle rit. « Et puis je suis si heureuse de pouvoir enfin être aux côtés de ma chère cousine! Vous l’aimez tous beaucoup, et elle le mérite, cela me réconforte de savoir que j’ai rejoint la guilde qui l’entoure avec autant d’amour ».

« Oh, mais je parle, je parle » Ses yeux brillent et elle sourit. « Ne veux-tu pas que je te commande une boisson aux herbes? J’ai ramené quelques saveurs exotiques des stocks de la boutique de maman, je serais ravie de t’en faire goûter. »

Le temps passe, et tandis que Lili reprend goût à la vie, sa mère s’affaiblit de plus en plus.

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V.2 Sommeil

Chapitre 5

Sommeil

« Skud… »
Sa voix est rauque.
« Maman ne se réveille pas, elle est toute pâle… »

Isliadel se penche sur le visage de sa mère.

« Elle respire pourtant encore… mais je ne sens pas son rythme cardiaque ».

« Etes-vous seules? Je vais venir »

« Je suis seule, oui, je vais la veiller cette nuit… »

Au loin, dans les combats de Malmo, la voix de Skud trahi son inquiétude.

 » Non, j’en suis sûre, son coeur ne bat plus, je n’entend rien… »
Lili essaie de rester calme.
 » Je… je vais faire ce qu’elle m’a indiqué. »
Elle s’active, sort des herbes et des pierres runiques.
« Je vais lui faire son rituel quotidien. Je vais m’occuper d’elle »
La jeune femme fait tomber une écuelle.
« Elle va se réveiller, elle va se réveiller, j’en suis sûre ».

« Lili, j’arrive, reste calme et demande à quelqu’un d’aller chercher un guérisseur en attendant ».

Concentrée, la skald passe un message à sa guilde.
« Quelqu’un pourra-t-il passer ce message à Tuor s’il vous plait: dites-lui que ma mère, Islidnna, est très malade, et que son état vient de s’aggraver… Je dois m’absenter pour veiller sur elle, à bientôt! ».

* * *

Aprés un léger temps de réflection, Skud, d’un pas rapide rejoint l’enclos de la Dragonne, priant Ymir que ce moment horrible soit de courte durée; aux ailes draconniques succèdent celles de Hel.
Sitôt rendu a Svasud il enfourche une monture et se rend en la demeure d’Islidnna.
Il pénètre dans la petite maison, appelant doucement… » Lili, Lili, tu es là ? Lili, c’est Skud, où es tu ?… « 
Il dépose machinalement sa cape encore souillée du sang des Draks, sur une table et se dirige vers ce qui lui semble être la chambre a coucher.
Une lueur tremblante filtre sous la porte, seul signe de vie.
Doucement il entre ouvre la porte et passe sa grosse tête, pour enfin apercevoir Lili et sa mère.
Islidnna a l’air de dormir très profondément, mais les mots de Lili résonnent encore a ses oreilles: une chose très grave arrive a Isli….
Lili se retourne vers lui, ils échangent un regard entendu, l’une a les yeux rouges de tristesse et l’autre de fatigue; d’un geste de la main il lui fait signe de ne pas se déranger, et vient s’agenouiller près d’elles.
Par ses connaissances de quelques phénomènes, il essaye de trouver ne serait ce qu’un soupçon d’indice, mais la tête basse, il convient qu’il n’est pas en mesure d’aider Islidnna, dans l’immédiat.
Parle a voix basse
« Lili, d’aprés le peu que je sais, serait il possible que cela soit entrain de se faire ? »
Cherche une réponse dans le regard de sa protégée.
« Le moment serait il arrivé pour toi et ta mère ? …. « 
Devant son silence et sa tête baissée, il poursuit.
 » Je vais rester avec vous, le temps que vos amis arrivent, aprés nous aviserons; j’espère que l’un d’eux pourra nous eclairer… »

« Une jeune femme entre dans la taverne silencieuse. Ne voyant personne, elle regarde autour d’elle.

Rien. Pas un bruit.

Elle sort alors une lettre de son sac et la pose bien en vue sur le comptoir. Ensuite elle pose une pierre ammenée pour l’occasion sur la feuille afin d’eviter que les courants d’air ne la déplacent.

Soupire, puis après avoir jeté un dernier regard autour d’elle, sort d’un pas décidé de la taverne.

Bonsoir Dame Isliadel,
comme je vous l’ai promis à notre derniere entrevue, je consulte les esprits pour obtenir des informations, une piste … quelque chose qui pourrait nous aider.
Hélas pour le moment mes maigres pouvoirs n’ont pas donnés de résultats positifs. C’était à prévoir… mais c’est est frustrant néanmoins.
Mais n’ayez crainte, je continuerais mes recherches jusqu’à ce que j’obtienne des resultats.

J’espere que l’état de santé de votre mère reste stable, et je vous tiendrait au courrant d’une quelconque evolution dans mes recherches.

Votre dévouée,
Cadira « 

* * *

« Millie entrouvre la porte doucement, et murmure: « Lili tu es la? « 

Aucun bruit ne sort de la pièce, le temps semble arreté. Voyant le corps de sa tante allongée, si … calme, Millie s’approche, tâte le poul d’Islidnna … rien, et pourtant vivante à sa chaleur corporelle. Elle semble désemparée devant la situation, puis levant les yeux, aperçoit Skud, silencieux à son arrivée, dans la pénombre de la pièce, elle ne l’avait pas vu de suite.

« Je ne t’avais pas vu, Skud », esquisse un sourire.
 » Cher Skud, peut être est il temps de mettre de côté notre différent … de toute façon, bien des événements se sont produits depuis … mais là l’heure est grave, que se passe t’il? Lili m’a demandé de venir ausculpter sa mère … mais je crains que cela dépasse mes compétences d’Eir-othila … et Lili semble épuisée… je me sens si impuissante. Que pouvons nous faire, l’heure serait elle venue pour Islidnna ?… elle était déjà bien faible depuis quelques temps .. » Soupire.
« Peut être interroger les Nornes ? » Baisse les yeux, posant son regard sur le visage de sa tante; « Mais je ne sais comment m’y prendre…

Son regard est attiré par la petite note, la prend, et lit.

« Cette femme, Cadira, espérons qu’elle puisse nous apporter des réponses. Le devoir m’appelle, je repasserai prendre des nouvelles très prochainement, je tacherai de me renseigner également … au cas où… « 

Salue Skud, et ressort de la maison d’Islidnna, visiblement inquiète du sort mystérieux de sa tante.

« Une grosse ombre passe devant la maison et depause une lettre sur le seuil de la porte puis repart aussitot, les larmes au yeux.

« Chere Isliadel, Lili, protégée ou quel que soit le nom que je puisse te donner. Voilà plusieurs jours que je passe devant votre demeure sans avoir le courage d’y entrer voir l’état de ta mère.
Il m’a fallu deja beaucoup de courage pour t’ecrire cette lettre.
D’ici quelques jours je vais devoir partir en voyage pour des raisons personnelles, je ne sais si je te verrais avant alors je tennais à te mettre au courant.
Ce départ est loin de tomber au bon moment, j’aurais aimé pouvoir aider ta mère, tu le sais, et j’espère qu’elle le sait aussi. Mais je me dois de tout abandonner, toi, ta mère, mais aussi ma guilde ainsi que mon statut d’ambassadeur des Deus-Irae, mes amis, mes frères.
C’est les yeux plein de larmes que d’ici demain je quitterais les terres connues partir au loin pour une durée que seul Ymir peut connaitre. Je te prie de m’excuser, de ne surtout pas croire que je t’abandonne ni que j’abandonne ta mère.
J’éspère que celle ci se remettra de ce mal qui l’habite, je n’ais peut être que très peu d’experience pour les soins mais de ce que j’ai entendu ce n’est pas le pouvoir des guérisseurs ni des chaman qui pourront la guerir.
Cherche dans ses parchemins et dans ses runes peut etre y trouvera tu la reponse.

Il est temps pour moi de payer mes erreurs passées et de m en aller, je n est qu un service a te demander prend cet anneau d’ours chaman et offre le a ta mere. Il ne lui est peut etre d aucune utilité mais je l ai porter durant bien des temps. Cet anneau est la seul chose que je possede encore de l epoque ou je l ai connus. Je tiens a ce que si quelque chose devait m arriver que ce soit elle qui le garde en mon souvenir car j ai l espoir qu elle se reveillera et se relevera.

Ton ancien protecteur, Tuor serviteur d’Ymir. »

* * *

Le tonnerre… ou un râle… difficile à dire… de la colère… oui… de la colère c’est bien cela…
Psylvien ouvre un œil et regarde la position du soleil, elle est en retard…
D’un pas précipité, elle se rend dans la salle ou se restaurent les héros du Valhalla et prend vite une corne d’abondance afin de les servir… trop tard… les tables sont vides…
Psylvien se réajuste, va déposer la précieuse corne et se demande ce qu’il se passe, à cette heure ci, d’habitude, il reste du monde…
Elle suit le tumulte de la foule et se rend compte que les grondements qu’elle avait entendu en pensant rêver sont bien réels…
Dans la salle ou préside Odin, une assemblée de crise est réunie, Psylvien entre, surprise, mais le dieu la chasse d’un geste agacé.
La jeune femme, un peu vexée il faut le dire, se rend en ses quartiers et se replonge dans les us et coutumes du XVII ème siècle, temps de sa prochaine mission mais, impossible de se concentrer : que se passe-t-il donc ?

La tentation est trop forte… s’éloignant subrepticement de sa chambre, la jeune Vierge retourne près de la salle et écoute… Les protestations sont assez bruyantes et il est difficile de suivre ce qui se passe.
Un hurlement de colère d’Odin, suivi d’un bruit de foule qui se rapproche font fuir la jeune femme qui retourne dans sa chambre mais, qu’a donc pu vouloir dire son Père par : « Cela n’aura jamais mes filles ! On ne prend pas encore aussi impunément le pas sur moi ! Le Valhalla n’est pas peuplé d’êtres décadents ! »

Un peu plus tard, une Valkyrie vient voir Psylvien et lui dit qu’Odin l’attend, elle doit aller le voir immédiatement.
La jeune femme se rend donc auprès de son père qu’elle sait en colère mais, en arrivant face à lui, elle le trouve emplit de tristesse.

Vous m’avez fait demander père ?
Oui Psylvien, j’ai à te parler de choses importantes qui, je pense, risquent de t’attrister tout autant que moi…
Je vous écoute, dit-elle surprise, que se passe-t-il donc ?

Avant toute chose, je pense que je dois te redire combien je t’aime et combien j’aime toutes mes filles, vous êtes ma joie, ma vie…

Nous aussi vous aimons père, répondit la Vierge, surprise de tant de débordement affectif.

Il est vrai qu’au départ, lorsque je vous ai crées, vous étiez plus un instrument de mon pouvoir, afin de faire régner l’ordre dans les endroits où je vous envoyais mais… le temps passant, j’avoue ressentir des émotions de plus en plus fortes pour vous, comme un véritable père…

Psylvien ne comprenait toujours pas ce qui se passait, Odin était d’habitude si … lui-même, un dieu … Le voir souffrir était surprenant et faisait quasiment peine à voir…

Voilà Psylvien, je pense qu’il est temps de lever le voile sur le mystère de votre naissance…
Cela fait maintenant des siècles que mes Valkyries choisissent les valeureux et amènent ceux qu’elles en jugent dignes au Valhalla.
Leur mission est de survoler les champs de bataille et de choisir les héros à l’issue d’un combat. Comme tu le sais, elles vivent ici, à mes côtés…
Mais le temps est passé et les hommes, que je pensais des créatures très simples à comprendre, soit bons, soit mauvais, m’ont surpris par certaines de leurs réactions, ils devenaient complexes…
Je devais absolument en savoir plus sur eux, leur comportement et leur façon de penser afin de rester un dieu juste et décider qui méritait le Valhalla ou Helheim…
Je vous ai donc créé, vous, les Vierges d’Odin, mon nouvel outil d’analyse des hommes.
Mais je vous ai fait différentes de mes Valkyries…

Pouvez-vous m’en dire plus sur notre naissance et ce qui nous différencie des Valkyries ? demanda une Psylvien partagée entre la colère de n’être qu’un objet et l’exaltation d’en savoir plus…

Eh bien… j’ai convoqué mes immortelles Valkyries et ai prélevé un ovule au fond des entrailles de chacune d’elles et …

Un ovule ? l’interrompit Psylvien, qu’est-ce donc ?

Un noyau de vie, ce qui permet aux femmes d’enfanter, de donner la vie… Il est normal que tu ne saches pas ce que cela est, je vais y venir…enfin, tu vas comprendre seule…
J’ai donc pris un noyau chez chacune de mes guerrières et en ai fait un enfant… Tu es un de ces enfants… vous étiez toutes des filles… Je vous ai éduqué, vous avez appris à vivre ensemble, à vous connaître…
Une fois adultes, je vous ai donné une mission : vivre sur terre, parmis les hommes qui me nomment Wotan, apprendre à les comprendre et à décider de façon plus nuancée qui méritait le Valhalla et qui ne le méritait pas.
Des différences fondamentales vous opposaient donc à mes Valkyries car, vous alliez vivre sur terre, le temps que vous y passeriez vous ferait vieillir et surtout, pour éviter tout attachement avec les hommes, vous seriez stériles et ne pourriez donc pas avoir d’enfants : votre but était apprendre les hommes, pas vous attacher à eux… une fois votre étude de l’époque terminée, vous deviez revenir au Valhalla par un rituel que je vous avait enseigné…

Le temps était venu, j’ai donc cherché sur terre des femmes dignes de vous porter en leur ventre afin qu’elles deviennent vos « mères ». Certaines d’entre elles allaient connaître des destins tragiques, d’autre vivre plus longtemps que votre mission ne durerait, mais bon, elles n’étaient que des humaines, ce n’était pas très grave.

Toutefois, en arrivant sur terre, vous n’étiez pas laissées à l’abandon, car je régissais toutes vos vies : vous portiez inconsciemment en vous le désir de vous retrouver afin de former une communauté dont j’avais choisi subtilement le nom en fonction du fait que vous ne pourriez pas enfanter : Vierges de Wotan.
Parmis vous, une Vierge aurait une connaissance plus grande des runes et saurait, le moment venu, communiquer avec moi, elle serait votre Vitki.
Une autre dont les qualités guerrières seraient les plus fortes et les plus protectrices à votre égard deviendrait votre guide.
Je n’avais hélas pas tout prévu… Le fait de vous avoir fait naître par le biais de mortels vous avait rendues mortelles vous aussi… Certaines d’entre vous sont revenues à mes côtés bien plus tôt que prévu à cause de maladies, maltraitances, famines etc.
J’ai donc du les renvoyer à nouveau mais un problème évident se posait : les Vierges renvoyées auraient une différence d’âge avec les autres qui auraient survécu, et retrouver la communauté prendrait plus de temps, ce qui pourrait priver les Vierges d’un élément important de leur groupe pendant un certain temps…
Ce n’était que le début de mes ennuis…
Je vous avait envoyé vous mêler aux hommes mortels, les étudier, les apprendre…
Je ne me doutais pas que pour cela vous alliez développer des « sentiments » à leur égard.
Tout a commencé à m’échapper…
Votre mission s’accomplissait, certes, mais certaines d’entre vous se sentaient attirées par les mortels et cela me mettait dans une colère noire. Que de temps de perdu à batifoler avec ces êtres que vous deviez étudier.
J’ai donc mis en place le « Rappel » et ai déposé sur terre une statuette à votre effigie, que vous vous deviez de trouver.
Le but était simple : ne pas vous attacher aux humains et être conscientes que vous aviez une mission à accomplir. Une fois que j’avais décidé que l’une d’entre vous avait terminé sa mission, sa statuette devenait incandescente et elle savait que le moment était venu pour elle d’effectuer le rituel afin de regagner le Valhalla. Si elle se refusait à le faire, c’était très simple, Helheim lui tendait les bras.
Une fois de retour à mes côtés, il était impossible à la Vierge de Wotan de retourner sur terre à la même époque et au même endroit : afin d’éviter trop de questionnement de la part des mortels et surtout… d’éviter que la Vierge ne retrouve des mortels auxquels elle se serait attachée…
Cela a fonctionné un temps, puis de nouveaux problèmes sont intervenus : votre place au sein du royaume dans lequel je vous avait envoyées. Même si vous aviez été discrètes, que je vous avait appris à être efficaces plutôt que de parader. Votre action sur les champs de bataille s’est fait remarquer de par votre cœur… exactement ce que je ne voulais pas…et de jeunes mortelles ont voulu grossir vos rangs…
J’ai mis un certain temps à me décider, puis j’ai accepté que certaines vous rejoignent, pensant qu’il serait intéressant d’étudier la chose.
J’en arrive à un problème grave…

Psylvien était transportée, effarée de certaines révélations, de morceaux de son histoire dont elle ne se souvenait plus…

Certains hommes ont fait appel à des forces qu’ils ne maîtrisent pas et ces forces se sont petit à petit mises en commun et m’ont observées, moi, Odin…

Car… à force de vous voir évoluer dans un destin que vous ne maîtrisiez pas, vous voir lutter contre l’adversité, comprendre le cœur des hommes en ouvrant le votre in intentionnellement, eh bien… je me suis attendri, je l’avoue… et j’ai commencé à vous aimer… vous deveniez de plus en plus mes filles dans le sens où malgré toutes les transgressions et les imprévus vous accomplissiez votre mission avec justesse, honneur et bonté.
A ce moment là j’ai décidé de vous laisser pleinement étudier, de ne pas rappeler immédiatement après leur mission celles qui avaient trouvé l’amour mais plutôt celles qui étaient lasses, fatiguées, ou souffraient trop de la vieillesse…

Ce que je jugeait comme un échec, vous, est finalement devenu une force car j’en ai beaucoup plus appris sur la nature humaine que je ne l’aurait pensé et vois maintenant qu’un être humain est bien plus compliqué que ce que je ne pensait.
Voilà, tu sais tout de votre histoire Psylvien…

La jeune femme restait interdite… avoir été considérée comme un échec par Odin la troublait, mais n’était-ce pas là encore des sentiments humains qu’elle ressentait et dont elle était dépourvue à l’origine comme son Père le lui avait dit ?
Tout se chamboulait dans sa tête…
Elle posa alors machinalement une question :
Et… ces forces dont vous me parliez ? Est-ce… la raison de votre colère ? « 

V.3 Une âme

Chapitre 5

Une âme

Islidnna contacte mentalement ses Soeurs.
Islidnna : « Neraia… Psylvien.. que se passe-t-il… »
Islidnna :  » Psylviann… c’est toi…. j’ai confondu ta voix… »
Psylviann : « Ce n’est … rien…. »
Psylviann : « Mais… que t’arrive t il ? »
Gwenwyvhar n’ose dire un mot.
Islidnna : « Où est ma fille? où est Lili? Ai-je dormi si longtemps? « 
Psylviann : « Et bien Isli… mmm… nous ne savons pas trop « 
Islidnna : « Elle ne doit pas être loin pourtant, mais je n’arrive pas à la localiser « 
Psylviann : « Je… ne sais que dire Isli… »
Gwenwyvhar : « Soeur Islidnna ? »
Islidnna : « Oh bonjour Gwen… une nouvelle… cela fait plaisir… tu as vu ma fille? »
Gwenwyvhar : « Euh…oui »
Islidnna : « Ah bon! Mais se cache-t-elle? Je ne l’entend pas près de moi… Et cette nuit noire… »
Gwenwyvhar : « Je ne l’ai vue que hier »
Islidnna :  » Ah mais je me demande pourquoi je n’arrive pas à la localiser…. elle va certainement revenir demain matin »
Gwenwyvhar : « Elle etait souriante »
Gwenwyvhar : « Elle m’a annoncée votre retour, heureuse « 
Psylviann : « Hmmm… Isli, vois tu la lune par la fenêtre de ta chambre ? »
Islidnna : « La fenêtre? mais tout est fermé dans cette pièce Psylviann… »
Psylviann : « Comment ça ?! Tu n’es pas chez nous ?! »
Islidnna : « Je n’y vois rien du tout, d’ailleurs il faut que j’ouvre… »
Islidnna : « Mais si voyons! je suis à… à… à Mularn, voilà! »
L’esprit de Neraia quitte subitement la fraicheur glacee du Nord, pour se retrouver dans la moiteur de la forêt de Myrk.
Psylviann : « Mais enfin, notre demeure est a Huginfell Isli.. tu es sure que ça va ? »
Islidnna : « Ca irait mieux si je trouvais la fenêtre pour ouvrir les volets…. »
Islidnna : « Non non je suis à Mularn, Lili a du m’y déposer… j’en suis sure, ma rune est formelle… »
Psylviann : « J’arrive, je suis à Jordheim… »
Gwenwyvhar : « J’ai croisée Lili à Jordheim hier »
Islidnna : « Oui oui elle ne doit pas être loin » La Runemaster s’énerve, cherchant la fenêtre le long de la charpente en tâtonnant.
Psylviann : « Je fouille Mularn à la recherche d’Isli mes Soeurs… »
Neraia : « Je te rejoins de suite Psyl »
Gwenwyvhar : « Oui »
Psylviann : « Je…. je pense l’avoir trouvée…. »
Islidnna : « Et Millie qui ne me répond pas… »

Psylviann rentre dans la maison où se trouve Islidnna, la regarde faire le tour de la pièce. Elle est suivie par Neraia.

Psylviann : « Isli ? »
Islidnna : « Oui Psylviann? »
Psylviann : « Mais enfin que fais-tu? »
Islidnna : « Mais… je cherche la fenêtre! »
Psylviann : « Nous sommes derrière toi, il n’y a pas de fenêtre et surtout… il fait jour … »
Islidnna dit, « Qui est là? »
Neraia: « Isli c’est moi, Ner »
Islidnna dit, « Je sais que quelqu’un est là? Lili? »
Islidnna dit, « Neraia? »
Psylviann : « Isli ….. arrives-tu à nous voir ? »
Neraia: « oui Isli, c’est moi »
Islidnna dit, « Mais où étais-tu cachée… »
Neraia: « Je viens d’arriver… »
Psylviann fait un signe à Islidnna.
Psylviann : « Isli ? »
Islidnna : « Mais… »
Islidnna dit, « Je… »
Neraia: « Isli, je crois que tu as un problème… »
Islidnna dit, « Neraia.. tu n’est pas seule? je sens quelqu’un d’autre… bon sang ouvrez la fenêtre…. »
Neraia: « Je .. . je crois que tu es aveugle « 
Islidnna dit, « Mais non voyons… ouvre les volets »
Neraia: « Psylviann est ici avec moi… « 
Psylviann : « Isli, tu mevois ? »
Islidnna : « Non… je sens que tu es près de moi pourtant… »
Psylviann : « Mais oui ! je suis devant toi !!! »

Aeli à son tour arrive.
Aeli : « Ohhhhh islidnna »
Aeli : « Ca va ? »
Neraia: « Là je t’ai pris les mains Isli »
Islidnna : « Quel plaisir de t’entendre Aeli! »
Psylviann : « C’est ma main là, me vois-tu ? »
Islidnna : « Non…. je ne vois rien…. et Lili… où est Lili? »
Psylviann se dit que ce qu’elle redoutait est bien arrivé: « Isli… euh… je crois que… tu … es… devenue… aveugle… »
Islidnna :  » Mais non ce n’est pas possible… »
Psylviann : « Je viens d’allumer une torche, je suppose que tu sens sa chaleur… »
Islidnna : « Suis-je bien à Mularn? »
Psylviann : « Oui, tu es à Mularn.. »
Islidnna dit, « Neraia.. Psyl…. »
Neraia: « Oh Isli… » Elle la serre dans ses bras.
Islidnna : « Oui je sens la chaleur de la torche… mais je n’en vois pas la lumière »
Neraia : « Ce n’est peut être que passager… Tu te remettras surement… Mais il faut se rendre a l’évidence.. actuellement tu es aveugle »
Psylviann : « Oui, c’est maintenant certain »
Islidnna : « Lili sait peut-être pourquoi? C’est elle qui m’a guérie je pense… »
Psylviann : « Gwen ? »
Gwenwyvhar : « Isli ….. elle m’a demandée de veiller sur vous »
Islidnna : « Ah oui? je la reconnait bien là… elle savait certainement que je risquait de me réveiller quand elle ne serait pas là »
Gwenwyvhar : « Elle m’a dit être celle qui doit prendre sa suite »
Islidnna : « Sa suite? »
Gwenwyvhar : « Veiller sur vous en ce monde »
Islidnna : « Comment cela? Veut-elle m’abandonner? »

Un silence gêné s’est installé entre les Soeurs.
Gwenwyvhar :  » Elle est en vous maintenant »
Islidnna : « Oh non tu as du mal comprendre…. « 
Neraia : « Je crois qu’elle vous a sauvée Isli »
Psylviann : « Mais enfin … c’est … »
Neraia : « Elle a du se sacrifier pour vous…. »
Gwenwyvhar : « Elle ne souffrait pas, elle était heureuse de ce geste »
Islidnna : « Sauvée? oui… elle a du chercher un remède.. peut-être a-t-elle été fatiguée de veiller sur moi la pauvre enfant »
Psylviann : « … Isli… »
Neraia : « Notre jeune soeur Cadira m’a longuement parlé du problème… Elle a eu un long entretien avec Lili… »
Islidnna : « Oui tout se temps ou elle m’a veillée, elle s’est sacrifié c’est sûr, mais maintenant elle pourra reprendre sa vie… »
Neraia : « Viens isli prend ma main, je vais te conduire à un siège »
Neraia : « Voila assieds toi »
Islidnna : « Ah merci Neraia.. peut-être qu’elle m’en veut? »
Gwenwyvhar : « Le sac, le sac pour Isli . »
Islidnna : « Elle doit être fatiguée de s’être occupée de moi si longtemps… »
Neraia : « Non Isli, Lili n’a jamais été fachée avec toi pour ca… « 
Psylviann :  » Maman m’a donné ça Neraia, en me disant de le remettre à Isliadel si je la voyais… mais… je ne sais pas ce que c’est »
Islidnna : « Ma pauvre et douce enfant… comme elle a dû souffrir de me voir si longtemps malade »
Islidnna :  » Qu’est-ce? »
Psylviann : « Je ne sais pas mais cela fait quelques jours que maman l’avait en sa possession »

Psylviann : « Sais-tu ce que c’est Neraia ? »
Neraia : « Alors, il y a quelques composants magiques, des carcasses d’insectes, des pierres et autres petits objets »
Neraia : « Je ne connais pas leur utilité par contre « 
Psylviann : « Rien n’est écrit ? »
Islidnna : « Et bien… « 
Islidnna : « Ce sont des composants pour rituel on dirait… Je ne sais pas à quoi cela pouvait servir, mais Lili s’en servait peut-être pour essayer de me guérir? »
Psylviann : « Je ne sais pas hélas »
Islidnna : « Elle nous dira cela quand elle sera là! »
Islidnna : « Je me demande comment elle fait pour que je ne puisse même pas la localiser… »

Psylviann : « Euh… »
Psylviann : « Elle est peut etre hors de portée de tes runes… « 
Islidnna : « Je crois qu’elle s’est penchée sur les Runes pendant mon absence oui.. Elle a dû faire des progrès… »
Islidnna : « J’ai hâte de la v…. de la toucher… de la serrer contre moi »
Neraia : « Eh bien… comment dire… Cadira m’a raconté l’origine de Lili, comment elle est venue au monde…. »
Islidnna : « Ah oui? Lili lui aurait tout raconté? »
Gwenwyvhar : « Isli, je……je….elle ne m’a pas dit où elle était……mais…….je …je pense qu’elle est…en toi »
Neraia : « Et cela a une grande importance dans cette histoire…. »
Psylviann : « Nous t’écoutons Ner »
Neraia : « Oui Isli, Lili lui a tout raconté, car elle avait besoin d’une personne à qui parler »
Islidnna : « Oui… oui bien sûr je comprend »
Neraia : « Je crois qu’Isli est mieux placée pour le raconter.. si elle veut bien? »
Islidnna : « Je n’en ai jamais parlé moi même »
Islidnna : « Et bien… comment vous dire… il faut pourtant un jour que je vous l’avoue mes Soeurs… »
Psylviann : « Te sens tu assez forte pour en parler Isli ? »
Neraia : « Nous t’aimerons toujours tu sais, quoi qu’il se soit passé »
Islidnna : « si Lili en a parlé, c’est peut-être qu’elle pensait que vous deviez le savoir…. »

Islidnna : « Voilà… « 
Islidnna : « Lorsque Rorkal mon aimé est mort, j’ai sombré dans une triste période…. »
Islidnna : « C’était il y a bien longtemps déjà »
Islidnna : « Je me suis isolée… j’aurais tellement voulu garder une trace de notre amour »
Islidnna : « J’ai appris de nouveau rituels, puis j’ai découvert le secret de l’appel et de la création des êtres… »
Psylviann a un sursaut.
Islidnna : « J’ai alors provoqué moi-même mon enfantement, à la mémoire de mon aimé disparu »

Islidnna : « Lili est une enfant née de magie pure, sans père, mais avec une maman doublement aimante bien sûr « 
Islidnna : « J’ai dû cacher cette grossesse, je l’ai confiée à Boubou, qui l’a adoptée »
Islidnna : « Puis un jour il a fallu que je vous avoue, mes Soeurs, que j’avais une fille, et vous l’avez appris »

Psylviann : « Ton voyage au sanctuaire… c’était cette période je suppose… »
Islidnna : « Oui Psylviann… »
Psylviann : « J’étais plus jeune mais je m’en souviens »
Islidnna : « Lili étant jeune était très sensible à la magie, qu’elle supportait mal, j’ai du l’en guérir »
Islidnna : « Elle ne supportait ni les soins, ni les sorts et encore moins les téléporteurs magiques… »
Islidnna : « Je suis partie avec elle la guérir de ce mal, et lui apprendre le secret de sa naissance »
Islidnna : « Mais j’ai du me rendre à l’évidence: Lili était part de moi-même et je supportais de moins en moins bien toute l’énergie dont elle avait besoin pour vivre »

Islidnna : « J’ai donc décidé de sacrifier de mon temps pour dormir et la laisser vivre tranquillement sa vie… »
Psylviann : « … Ceci explique bien des choses… »

Neraia : « Oui… Isli s’est sacrifiée.. a sacrifié son temps pour que Lili puisse s’epanouir »
Islidnna : « Il y avait pourtant une condition à tout cela, une promesse que j’avais faite lors de la ‘création’ de Lili: qu’elle ne rentre jamais chez les Vierges de Wotan »

Islidnna : « Boubou savait cela »
Islidnna : « Mais un jour, Lili en a fait la demande, à mon insu »
Neraia : « Lili n’en savais rien… »
Islidnna : « oui Ner’, c’est vrai je le sais… »
Islidnna : « Ce jour où elle a fait la demande, nous avons toutes deux été emportées dans une sorte de vortex magique…. Et nous avons du commencer à payer le prix de cet acte… »

Islidnna : « Lorsque nous sommes revenues, nous partagions une seule vie dans deux corps différents: nos souvenirs se sont mélangés, nous vivions les mêmes émotions, et devions dormir quand l’autre veillait… »
Islidnna : « C’est ainsi que Lili a appris l’art des Runes »
Neraia : « Mais il y a une chose que je ne comprends pas… qui? quoi? a mis cette interdiction? »

Islidnna : « Et bien je ne sais pas exactement ma Soeur… lors de mes transes, plusieurs entités se sont adressées à moi… une des plus puissantes m’a confiée que cela devait être la condition de tout… mais je ne sais pas qui étaient ces entités »
Islidnna : « Peut-être est-ce dû au destin des Vierges… je n’en sait vraiment rien, j’ai juste obéit… »
Islidnna : « Et puis, à la mort de Psylvien… je me suis endormie de chagrin… je ne sais pas pourquoi je ne me suis jamais réveillée »

* * *

Hantée chaque jour par le sacrifice de sa mère qui, assumant son geste de l’avoir enfantée, avait choisi de s’endormir de plus en plus souvent pour lui permettre de vivre, Isliadel culpabilisa pendant de longues lunes. Puis elle eu un geste terrible, qui explique sa disparition. Un soir, elle appela un ami, Arcalhed, prêtre de Hel. Alors qu’il la rejoint, sur une île retirée de tout, elle envoie un message laconique à Gwen, Soeur de Wotan.
L’homme arrive. C’est un viking aux cheveux gris, fort charmant malgré son oeuil borgne. Il lui sourit, cherchant à s’enquérir de ce pour quoi elle l’a convoqué. D’un doigt posé sur ses lèvres, elle l’invite au silence, déboutonne lentement sa veste. Il se tait.
Sa main blanche plonge dans un sac, et les yeux brillants, n’osant le regarder en face, prononce,
-« Rappelle mon âme en son corps quand j’aurais fini ».
Puis d’un geste vif pour éviter qu’il ne s’interpose, elle saisit un poignard. L’enfonce dans sa blanche poitrine, jetant un dernier regard sur celui à qui elle remet son histoire, puis s’écroule sans un bruit.
Une mare de sang se forme sous elle, tachant l’herbe alentour.
L’homme, estomaqué, se relève à la hâte et se met à incanter. D’une voix puissante, il appelle l’âme d’Isliadel, la touche de son esprit. Perdue dans les limbes, l’infante refuse, se tord de douleur. Il incante à nouveau, augmentant la force qu’il peut déployer. Soudain, il sent l’âme de son amie lui échapper, prenant un chemin qu’il n’a pas décidé. C’est alors qu’Islidnna recommence à respirer.

Eperdu de tristesse, ne comprennant pas ce qu’il vient de se passer, il porte le corps inanimé aux confins des terres. Dans un pays de feu nommé Muspelheim, la dépose en une cache connue de lui seul, cercueil de pierre. Il la regarde et pleure un long moment, puis se résoud à partir.
Isliadel n’a plus de corps tangible, mais elle peut voir ce qu’il se passe autour d’elle, captive éveillée. Sa voix erre dans les terres de feu, et ses yeux lui montrent encore la vie, présente non loin. Arcalhed quand à lui, troublé, n’osera jamais parler de cette histoire à quiconque, et Isliadel n’admettra pas la disparition de sa fille bien-aimée.

Seule sa cousine Millie la cherche, pressentant quelque chose.

« Trop lasse par les combats livrés contre l’ennemi pour aller trouver refuge, comme chaque nuit, en Gotar, la jeune femme préfera passer la nuit à Haggerfel, le petit village des nains, village si accueillant et où l’auberge « A la vie, à la biere » est si chaleureuse. Elle n’y était pas retournée depuis…
En arrivant au village, Millie ne put s’empecher de jeter un oeil à la forge, le coeur serré, mais détourna rapidement le regard, et pressa le pas. Arrivée à l’auberge, elle s’endormit de suite …

Une fumée âcre m’entourait, des effluves de mort m’oppressaient. Au loin, des flammes semblaient lécher les cieux rougis. Nuit ou jour, on n’aurait su le dire. Tout semblait si chaotique, il faisait si chaud, et pourtant j’avais si froid … quand j’entendis au loin, une voix, une voix si familière que je n’avais plus entendue depuis si longtemps … celle d’Isliadel, ma tendre cousine, disparue mystérieusement il y a presque un an de cela, laissant tous les siens sans nouvelles.
Mon coeur battit la chamade : était ce possible ? Sans nouvelles depuis si longtemps … j’essayai de me diriger au son de la voix qui répétait sans cesse, tel un echo sourd :

« Aide moi … aide moi… »

Nous étions telles deux soeurs, elle si douce et si espiègle, si innocente … Lili a tant fait pour moi…
Le chemin semblait infranchissable, l’atmosphère était si étouffante, comme si les puissances régnant ici, empechaient toute intrusion dans leur domaine, mais il fallait, quoiqu’il en coûte, que je la retrouve … lorsqu’au detour du chemin, je la vis, je me figeai un instant … elle semblait flotter, ses traits étaient tirés. Je me precipitai vers elle :

« Lili ! Tu es là, ma chérie »

J’allais l’atteindre, lorsqu’une orbe de feu enveloppa le corps d’Isliadel, j’ôtais ma main des flammes, poussant un cri de douleur :

« Lili !!…. »

Millie se réveilla en sursaut, criant le surnom de sa cousine dans le silence de la nuit, haletante, tremblante des événements. Elle laissa échapper quelques mots, mêlant tristesse et angoisse, essayant de calmer sa respiration :
« Ce n’était qu’un reve … mais Lili … Lili où es tu ?… »

Elle laissa couler ses larmes, encore étourdie par cette vision … lorsqu’elle sentit sa douleur … avec stupeur, regarda son avant-bras, rougi de brûlures … Son sang se glaça … C’était plus qu’un rêve … Isliadel est vivante et en danger, Millie en était désormais persuadée et se jura alors de la retrouver. Elle reunit ses affaires, et partit de Hagerfell, encore endormi, sous le clair de lune … le voyage sera long … il fallait prévenir les amis de Lili et leur raconter ce qu’elle avait vu… enfin …vécu… »

Millie se rend à Muspelheim, guidée par sa vision.
Elle appelle sa cousine, ayant parfois en retour un souffle de réponse. Elle en est sûre, Lili erre en ces lieux.
-« Millie, je suis là »
Persévérante, elle y vient encore et encore, suppliant Lili de lui dévoiler l’endroit où repose son corps. Comme sur une stèle mortuaire, Millie prend l’habitude de venir lui raconter le quotidien de Midgard, persuadée de réussir un jour à lui faire avouer sa cache. Mais la skald ne répond que quelques mots vagues, pleurant parfois dans les râles de la brise. Un jour pourtant, sa cousine apporte une nouvelle qu’elle espère être celle qui la décidera.

-« Lili? »
Le vent se lève, et la guérisseuse y reconnait la présence de la skald.
-« Mill…ie… »
-« Lili, il faut que tu saches quelque chose. Magnusson est revenu. Il a été gravement blessé et, tombé évanoui pendant de nombreuses lunes, c’est Pigmelio qui l’a sauvé après l’avoir veillé tout ce temps. »
Le vent tourbillonne et soudain le ciel s’assombrit.
La guérisseuse essaie de ne pas montrer son trouble et continue.
-« Tu sais, c’est ce jeune chasseur qu’il a recueilli et élevé comme son fils… Il n’avait souhaité rien dire, pour ne pas porter d’espoirs sur sa guérison. »
Un grondement de tonnerre retentit.
-« Lili… il te cherche. Nous aimerions tous savoir où tu es ». Millie a les larmes aux yeux.

Les cieux se déchirent dans un bruit terrifiant.
-« Lili ». Les larmes des deux femmes se mêlent à la pluie cinglante qui s’est mise à tomber.
-« Lili je reviendrais, mais pense à cela… »

Durant ce temps, elle a cherché avec Islidnna un rituel assez puissant pour sortir Lili de sa prison. Mais il n’était pas possible que l’enchantement marche tant que la prisonnière ne souhaiterait pas revenir parmis les vivants.
Courant sous la pluie battante, la disciple d’Eir se précipite chez sa grand-tante, ouvre sans ambages la porte de la chambre.
-« Ma tante…. » elle est haletante. « Lili… Lili est prête, j’en suis sûre ».
la Runemaster lève ses yeux vides, la fixant sans la voir.
-« Comment peux-tu en être sûre? Cela fait longtemps que nous savons qu’lle ne souhaite plus sortir… »

Millie raconte la scène, et l’émoi provoqué par l’annonce du retour de Magnusson.
-« Oui, alors certainement elle ne refusera pas une fois encore ».
Toute la nuit durant, les deux femmes préparent le rituel et psalmodient. Aux premières heures du jours, levant les bras vers l’astre naissant, elles implorent les Dieux d’accorder une seconde chance à Lili.
Le corps endormi d’Isliadel s’arc-boute et n souffle de vie vient remplir ses poumons.

V.4 Epilogue

Chapitre 5

Epilogue

Après avoir passé plusieurs jours à marcher, une jeune femme arrive au fond d’un col montagneux, enneigé par la douce journée de printemps. Elle fredonne doucement, regardant l’horizon, suivie d’une prêtresse, visiblement très âgée. Semblant savoir que l’endroit est celui qu’elles cherchaient, elles installent une large peau tannée sur l’herbe. Soutenant son ventre gonflé, la blonde guerrière s’y assied, commence à défaire sa tenue de cuir, et, aidée par sa compagne, enfile une tunique de soie blanche.

* * *

Assise à son étal de marchande, Islidnna attend patiemment ses clients en confectionnant un chapeau de tissu.Malgré sa cécité, ses doigts habiles cousent à la perfection, tâtant la doublure pour l’ajuster correctement. Elle s’interrompt un instant, levant le visage.

-« Gedri! » appelle-t-elle.
-« Oui Dame? »
Les traits de la Runemaster sont tendus.
-« Ne sens-tu pas quelque chose? »
-« Et bien… » L’homme regarde autour de lui.
-« Une présence oui, quelqu’un nous observe certainement »
-« Non, ce n’est pas quelqu’un… »

Elle se lève prestament et trace un signe devant elle, provoquant quelques traits de lumière.

-« Protège-toi, vite » ordonne-t-elle d’une voix ferme.
-« Ma Dame, que… »
Mais il n’a pas le temps de finir sa phrase.
Soudain, dans un crissement morbide, une main décharnée surgit de son torse, appendice arrachant au passage son coeur exhibé sous ses propres yeux.
-« Odin, que se… » tente-t-il d’articuler.
Sa voix se perd dans un reflux de sang. Un rire rauque s’élève tandis que Gedribaen s’effondre au sol, sans vie.

Islidnna, debout, a saisit d’une main son bâton de Runes, de l’autre geste une incantation.
-« Qui êtes-vous, qu’avez-vous fait? »

Au bout des griffes sanguinolentes, une forme se dessine. Un rictus grimaçant prononce:
-« Depuis le temps que je te cherche… »
Un bouclier s’est formé autour de la prêtresse, bulle de protection runique contre les assauts offensifs.
-« Qu’est-il arrivé à Gedribaen? »
Sa voix tremble d’émotion.

L’entité s’avance vers elle, glissant sans bruit jusqu’à son visage, et souffle une odeur fétide tout contre sa peau. Islidnna frissonne.

-« Je ne sais ce que vous voulez mais ce n’est par la force que vous l’obtiendrez, qui que vous soyez. »
Un coup violent l’atteint en plein torse, l’envoyant sur le sol.
-« Pauvre petite… tes protections ne peuvent rien contre moi »
La respiration de la Naine s’accélère, sous l’effect de l’impact et de l’appréhension. Elle se dit qu’une force capable de briser ses enchantements est une grave menace.
Mentalement, elle tente de joindre une de ses Soeurs, pour les prévenir.
-« Ne te fatigue pas, aucun de tes pouvoirs ne peut s’exercer ici, j’en ai décidé ainsi. »

La prêtresse tente de se relever, ses traits son crispés. Elle sent une douleur lancinante envahir son bras, certainement cassé dans la chute.

-« Mais que voulez-vous? Je n’ai rien à vous offrir que ma marchandise… prenez ce que vous voulez »
-« Tss…Voyons.. je vais t’expliquer… »

* * *

Allongée, Isliadel a commencé les exercices de respiration qu’on lui a enseignés.
-« Prens ton temps Lili ,ca va venir. Je te prépare une décoction qui va accélérer le travail. »
Orsalne a sortit plusieurs ingrédients, qu’elle broie dans un bol, ajoutant parfois un peu d’eau. Elle s’approche, et, soutenant sa tête, la lui fait boire.
-« Tes enfants sont à terme, mais se font un peu désirer. Cela arrive parfois. »
Elle sourit en signe de confiance.
-« Ne t’inquiète pas, tout va bien se passer. »

La future maman pose la tête contre sa couche, regardant le ciel.
-« Merci Orsalne, merci d’être avec moi ».
Les deux femmes joignent leurs mains et se regardent, entament un doux chant à l’unisson.

* * *

-« Tic tac tic tac, l’heure est venue pour toi ».
Bloquée au sol, Islidnna entend la voix commencer un discours, phrases chantées dans un élan morbide.

-« Il était une fois…
…une enfant de choix…
… qui m’a donné son âme…
… en me prêtant sa lame… »
S’interrompt. « Cela ne vous rapelle rien? »
Pâle comme un linge, la Naine secoue la tête.

-« La suite la suite! » La chose bat des mains dans une exaltation perfide, reprend:
-« Mais quand l’heure fût venue…
… que je suis descendu…
… je me suis aperçu….
… qu’elle n’en était pourvue… »

-« Lili… » murmure la prêtresse.
-« Oui!!! Voilà, tu sais donc parfaitement de quoi je parle! »

La chose à nouveau s’approche, venant à son oreille.
-« Mais quand l’heure fût venue…
… que je suis descendu…
…l’infante parvenue…
… d’âme était dépourvue…. »

-« Pourquoi? », rage la Vitky
« Pourquoi vouloir l’âme de mon enfant? »

L’entité se relève, explique d’un ton méprisant.
-« Elle faisait partie de mon armée, les Spectres, et chacun de ces soldats, en gage de fidélité, me donne son âme! »
Puis continue en gromelant.
-« Il faut croire que votre maudite lignée a décidé de me tenir tête… Je n’ai pas réussi à avoir celle de ta petite nièce, Millie… Mais cela ne se reproduira pas deux fois! »

Alors qu’Islidnna sourit à l’évocation de cet échec, une magistrale giffle envoie sa tête frapper contre terre, ensanglantant son visage.

* * *

-« Orsalne! »
Isliadel qui s’était assoupie, ouvre les yeux dans un cri, saissisant son ventre.
-« Orsalne, il se passe quelque chose »
La vieille femme, occupée à psalmodier, revient précipitement vers elle.
-« Ce n’est rien Lili, tu perds les eaux, le travail commence. »

Orsalne reprend son psaume, plus fort, caressant le front de Lili, crispée par salves de plus en plus rapprochées. Elle entame une danse, levant parfois les bras au ciel, appelant la bénédiction des Dieux, jetant des poudres à tous vents, chantant dans un langage inconnu. Sa voix s’élève dans la vallée, portée par les cîmes avoisinnantes, résonnant dans le lointain.

* * *

-« Bien…assez parlé ».
La forme humanoïde change de couleur et devient sombre comme de la suie. Islidnna gémit. Elle tourne la tête et lance:
-« Finissons-en, prends mon âme et que ma fille soit épargnée! »

-« Une Vierge de Wotan… quel honneur! ».
La Vikty sent qu’on lui saisit le pied et la tire contre le sol.
-« Car bien sûr j’aurais pu me contenter de prendre ta source mais je sens que je ne vais pas résister au plaisir… »
Une autre main l’attrape par les cheveux, soulevant son corps meurtit.

Suspendue, elle se retient pour ne pas crier.
-« Tic tac tic tac, ton heure est venue runiste. »

Mais Isli n’entend plus. Elle se concentre et repense à tout ce qu’elle a vécut. Se souvient de son enseignement de Myste, de la douce odeur des repas préparés pour la communauté. Du premier jour, où elle a rencontré les Vierges de Wotan, Brynhild et Aeli discutant derrière une chapelle, puis de la grande maison de ses Soeurs. De Boubou, assis devant la cheminée, contant des histoires de sa grosse voix. Elle revoit les femmes partir au combat, vêtues de leurs armures brillantes, et revenir maculées de sang et de boue, les sacs chargés de trésors.

Alors que la colonne vertébrale d’Islidnna se brise sur un coup sec, sa fille déchire le silence des montagnes en un cri de douleur.

* * *

« Laissez-moi vous parler d’un autre temps,
D’une guilde à Midgard il y a bien longtemps,
Des femmes, toutes sœurs dans la joie et dans le sang
Elles s’appelaient Vierges de Wotan… »

Une guerrière descend du ciel. Son visage est impassible, doux pourtant, ses yeux flamboient. Dans une de ses mains, un glaive, dans l’autre une coupe.

-« Père? »

De ses pieds nus elle foule les airs, s’avance sans bruit. Sur son chemin semble s’arrêter le vent, se figent les feuilles errantes, les insectes insouciants.

-« Vikty, tout ira mieux maintenant. »

« Fortes et fières, elles allaient de l’avant,
Contre tous les démons, Odin les guidant,
Valkyries fidèles et servantes mais, mortelles pourtant
Triste destin, Vierges de Wotan… »

Sa chevelure encadre son visage, lèvres serrées, poing levé. Elle s’arrête, une larme naît dans son regard alors que ferme, la lame fend les airs si vite qu’un sifflement se fait entendre.
Elle incline la tête, se détourne un peu tandis que, coupe tendue, elle recueille une poussière noire avant qu’elle ne se disperse. D’un geste gracieux remet le glaive à sa ceinture, pose la coupe et la recouvre d’un linge blanc.

« Richesse et gloire n’étaient pas leurs penchants,
Honneur et dévotion bien plus gratifiants,
Malgré les épreuves et les doutes elles souhaitaient vraiment,
Etre toujours Vierges de Wotan… « 

La guerrière se courbe et tend les mains vers le corps inanimé laissé au sol. Elle soulève délicatement le torse, enlève du visage quelques mèches blanches et un peu de poussière, sourit.

« Larmes de sang,
Larmes de joie,
Mais nous nous retrouverons toujours. »

Ses mains viennent serrer sa nuque brisée, elle se penche et dépose un baiser sur les lèvres déjà pâles.

* * *

Islidnna est emportée par sa Soeur Psylvien tandis que le ciel se dégage pour les laisser rejoindre la demeure d’Odin.

En s’éloignant, ses yeux s’ouvrent, elle les tourne vers Midgard.
Isliadel est allongée, et tient dans ses bras ses deux enfants juste nés. Deux garçons dont les noms résonnent déjà. Deux Folküng qui dans leurs coeurs détiennent un des nombreux secrets des Vierges de Wotan.